Analyse

Et si l’on parlait des bonnes nouvelles

La fin prochaine des taux négatifs, les emplois créés grâce à l’automation et l’annonce du traité entre l’UE et le Canada sont de bonnes nouvelles. En dépit des protectionnistes de gauche et de droite, le monde culturel et économique est de plus en plus connecté

Qui parle des bonnes nouvelles? La première: les banques centrales commencent à prendre gentiment congé de politiques qui n’ont conduit qu’au pillage des épargnants. La seconde: 270 000 nouveaux emplois seront créés en Suisse jusqu’en 2025 grâce à l’automatisation, selon le nouveau rapport du consultant Deloitte. L’automatisation réduit le coût des produits, entraîne une hausse des salaires et constitue une alternative aux délocalisations, écrit son auteur. Le niveau de compétence s’accroît. Notre pays aura besoin en 2025 de deux fois plus d’employés hautement qualifiés qu’en 2005. La troisième: l’accord de libre-échange entre le Canada et l’UE a finalement été signé. Chacun peut critiquer le système de décision centralisé propre à l’UE, mais on est prié de reconnaître les mérites des échanges dans la création de richesses.

Les «anti» perdent toujours

La globalisation a déjà été enterrée à trois reprises: en 2001, lors de l’attaque terroriste à New York, en 2006 quand l’OMC n’était pas parvenu à un accord, et en 2008 après la crise financière. Pourtant, elle vit. Le traité de libre-échange transatlantique (TTIP) pourrait même renaître de ses cendres. Il conduirait à la création de 400 000 nouvelles places de travail en Europe et un million aux Etats-Unis, explique Peter Grünenfelder, directeur d’Avenir Suisse, dans le «St. Galler Tagblatt».

Pourquoi entonner les hymnes «antimondialisateurs» ou écouter les complaintes contre le progrès sur les ondes? Prêter une oreille aux Verts, aux nationalistes, aux paysans, aux protectionnistes de toutes les couleurs? «Les mouvements anti (anticapitalisme, antitechnologie, antiglobalisation) perdent toujours. Ils ne représentent nullement un humanisme universel, mais plutôt une vision égoïste», écrit Parag Khanna, dans «Connectography» (Mapping the Future of Global Civilization, Random House, 468 pages, 2006).

Ce chercheur à l’université de Singapour, «Young global leader du World Economic Forum», montre que «trop peu d’échanges est un plus grand problème qu’un commerce inéquitable. Trop peu d’accès internet est un plus grand défi que la fracture numérique. Une trop faible création de richesses est plus grave qu’une trop grande inégalité». L’avenir n’appartient pas aux «anti»: 40% des Américains de 18 à 24 ans prévoient de partir vivre à l’étranger, écrit Parag Khanna.

La connectivité avant tout

Les questions de suprématie ne sont pas dérisoires, ni celles du bon fonctionnement des institutions. Mais «la globalisation est le seul antidote à la logique de concurrence entre superpuissances», note cet ancien conseiller des forces d’opérations spéciales américaines en Irak et en Afghanistan.

La mesure de toutes choses n’est ni la taille de l’armée, ni le PIB, mais la connectivité, physique, économique et numérique. «La concurrence géopolitique pour les gains de territoires est remplacée par la guerre pour la connectivité», insiste Parag Khanna.

Le monde ne sera plus sûr qu’en rendant la chaîne d’approvisionnement («value chain») plus sûre, c’est-à-dire l’écosystème des producteurs, distributeurs et commerçants qui transforme les matières premières en produits, avance l’économiste. Ce ne sont plus les contours des nations qui illustrent le mieux le fonctionnement du monde au XXIe siècle, mais la chaîne d’approvisionnement.

Davantage d’infrastructures

La carte du monde se dessine en analysant les métropoles, les pipelines, les trains à grande vitesse, les câbles internet et d’autres infrastructures au service de la chaîne d’approvisionnement. En finance, les Etats-Unis sont les mieux connectés, avec la moitié des actifs mondiaux. La Russie est certes le plus grand pays, mais il est l’un des moins connectés. McKinsey a calculé que le pays le mieux connecté au monde était Singapour, devant les Pays-Bas, les Etats-Unis et l’Allemagne.

La gauche ne cesse de demander des garanties sociales. En résumé: davantage d’Etat et de subventions. Mais pour Parag Khanna, «la solidarité globale émergera de chaînes d’approvisionnement connectées plutôt que de vagues traités entre des nations divisées».

Les larmes des protectionnistes se déversent à chaque investissement chinois en Europe. L’attitude de ces bâtisseurs de murs anti-asiatiques est une faute. C’est en coopérant que l’on s’enrichit, culturellement et économiquement. La semaine prochaine, à Interlaken, se déroulera «Horasis», un mini-Davos des relations avec la Chine. Pourquoi ne pas permettre aux entrepreneurs de chaque pays de profiter des avantages comparatifs respectifs?


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