Avec un salaire de 310000 francs par semaine, le footballeur de Chelsea, Michael Ballack, n'a pas à s'inquiéter de ses fins de mois. Pourtant, l'une de ses premières réactions en s'installant à Londres cet été était un véritable cri du cœur: «Londres est trop chère.» La star du ballon rond a donc décidé de ne pas acheter de maison, préférant louer pour l'instant.

L'histoire prêterait à sourire si elle n'était pas symptomatique du problème clé de Londres: le coût de la vie. La capitale britannique est la plus chère d'Europe occidentale, à en croire le classement annuel du cabinet Mercer Human Resources. La vie y est environ 10% plus chère qu'à Genève, pourtant classée deuxième ville la plus onéreuse.

La raison en est connue: de nombreux millionnaires, attirés par le centre financier et culturel qu'est Londres (et par son régime fiscal) font gonfler les prix. Les bonus de fin d'année de la City vont cette année atteindre l'incroyable somme de 21 milliards de francs. Cela provoque l'apparition de tarifs de coiffeur à 1200 francs et d'appartement à 3 millions.

Mais derrière les paillettes se cache une forte augmentation des inégalités. De nombreux Londoniens sont forcés d'aller vivre de plus en plus loin en banlieue, s'imposant quotidiennement des heures de transports en commun (en mauvais état).

Onze fois un salaire annuel

Le problème est tel que les travailleurs indispensables au bon fonctionnement de la ville - enseignants, ambulanciers, infirmières... - n'arrivent plus à vivre en ville. Le syndicat d'infirmières, Royal College of Nurses, prévient: «Les infirmières sont obligées de quitter leur emploi en faveur de jobs mieux payés parce qu'elles n'arrivent pas à acheter un logement.» Stuart Twells, infirmière en chef à l'hôpital Bart's dans l'est de la capitale britannique, est de celles qui étudient très sérieusement cette possibilité: «J'ai 33 ans, je n'arrive pas à acheter d'appartement et je paie désormais 1200 francs par mois pour vivre dans un trou à rat.»

Les chiffres sont sans appel: un ambulancier devrait verser l'équivalent de onze fois son salaire annuel pour pouvoir acheter à Londres, tandis que le ratio est de 9,5 pour une infirmière et de 8,5 pour les pompiers, selon une étude d'Halifax.

La mairie de Londres dément pourtant l'ampleur du problème. «Les hôpitaux en centre-ville n'ont aucun problème à trouver du personnel et les écoles fonctionnent également», affirme un porte-parole. Pourtant, Ken Livingstone lui-même mène campagne pour que les entreprises privées paient au moins 17 francs de l'heure, soit 30% au-dessus du salaire minimum. Selon lui, c'est la somme minimale pour qu'une famille puisse vivre dans la capitale.

Conscient du problème, le gouvernement Tony Blair a lancé un programme d'aide au logement pour les «travailleurs clés». Il propose notamment des prêts à taux zéro, ou encore un achat «partiel»: le bénéficiaire n'achète que la moitié de la propriété et continue à louer les 50% restant à une association de logement. Avec ce système, il faut donc deux générations pour devenir propriétaire!