Londres et Francfort devancent la Suisse comme «hubs» du renminbi

Devises Un accord a été scellé entre les banques centrales de Chine et d’Angleterre

L’absence d’institut chinois sur sol helvétique réduit les chances de la Suisse de se profiler

L’été dernier, la place financière helvétique rêvait de devenir la première plateforme de négoce sur le Vieux Continent pour le renminbi, la monnaie chinoise, aussi appelée yuan. La signature, en juillet, d’un accord de libre-échange avec la Chine, le premier de ce type en Europe, a donné des ailes aux autorités suisses à propos de la mise en place d’un tel «hub» pour le yuan.

La visite, début décembre, d’une délégation helvétique menée par le Secrétariat d’Etat aux questions financières internationales (SFI) à Shanghai, afin de renforcer la collaboration entre la Suisse et la Chine dans le secteur financier, promettait aussi d’accélérer les négociations en vue d’un accord concernant le yuan.

Ces derniers jours, les événements se sont précipités, mais pas à l’avantage de la Suisse. Coup sur coup, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont annoncé des avancées majeures sur ce plan. Mercredi, la Banque d’Angleterre (BoE) et la Banque populaire de Chine (PBOC) se sont mises d’accord sur l’établissement d’une chambre de compensation et de règlement (clearing) pour le yuan à Londres, une première en Europe. L’accord sera signé le 31 mars, a annoncé le Ministère britannique des finances, qui a précisé que 62% des paiements en yuans réalisés hors de Chine s’effectuent à Londres.

Le yuan a reculé d’un cran en février dans le classement des devises les plus utilisées pour des paiements internationaux, repassant au 8e rang, derrière le franc suisse, selon la société Swift.

Londres n’est pas la seule place financière européenne en lice. Vendredi soir, l’opérateur de la bourse de Francfort, Deutsche Börse, a annoncé avoir signé un accord préliminaire avec Bank of China. Il prévoit la création à Francfort d’une chambre de compensation pour le yuan. Séparément, la Bundesbank et la PBOC ont signé un accord-cadre à l’issue de la visite du président Xi Jinping vendredi à Berlin. Francfort a l’avantage d’abriter le siège de la Banque centrale européenne et de compter pas moins de cinq filiales de grandes banques chinoises.

Et qu’en est-il en Suisse? Aucune percée n’est à signaler, admettent l’Association suisse des banquiers (ASB) et la Banque nationale suisse (BNS). Du côté de l’association faîtière des banques, on hésite entre résignation et optimisme. «Bien sûr, on regrette que Londres ait pris de l’avance sur la Suisse comme hub pour les échanges en renminbi. Mais ce n’est pas complètement étonnant non plus. La ville est le premier centre mondial pour les échanges de devises et elle peut s’appuyer sur des liens historiques de longue date avec la Chine, en particulier avec Hongkong», analyse Sindy Schmiegel, porte-parole à l’ASB.

Toutefois, «ce n’est pas parce que la Banque d’Angleterre et la Banque populaire de Chine ont conclu un accord qu’il ne restera plus rien pour les autres». Comment faire avancer ce dossier? Tout d’abord, mettre en place un système d’échange de contrats à terme sur devises (swaps) entre la Banque populaire de Chine et la Banque nationale suisse (BNS).

Ensuite, l’établissement d’une banque chinoise sur sol suisse, servant de contrepartie pour les échanges en yuans, est aussi jugé indispensable par l’ASB. «Pékin n’acceptera de conclure un accord pour l’échange de yuans qu’avec une banque chinoise», estime-t-elle. Le dialogue se poursuit toutefois maintenant avant tout sur le plan institutionnel, ajoute-t-elle.

La BNS précise, elle, aussi qu’elle apporte toujours son soutien à ce projet. «Des discussions entre la BNS et la banque centrale chinoise concernant un accord de swaps ont déjà eu lieu et elles se poursuivent», a précisé son porte-parole, Werner Abegg. Les autres aspects, comme ceux liés au choix d’une banque pour le clearing, ne relèvent pas de la compétence de la BNS, rappelle-t-il.

Sur ce plan, la partie ne semble pas gagnée en Suisse. La Bank of China (Switzerland), qui s’était établie à Genève en 2008, aurait pu assurer un tel rôle mais, faute de succès, elle a finalement été cédée à Julius Baer en 2012.

Pékin ne conclura un accord pour échanger des yuans qu’avec une filiale de banque chinoise en Suisse