La globalisation financière pénètre toujours plus profond dans le tissu économique suisse.

Trois fonds britanniques viennent d'acquérir plus de 15% de LEM, une PME genevoise employant un millier de personnes (LT 02.02.06). Naguère, ils auraient trouvé trop étroite cette petite capitalisation de 163 millions de francs.

Le cas du zurichois Amazys est encore plus frappant. Deux fonds d'investissement sont entrés dans le capital juste à temps pour profiter de l'offre publique d'achat (OPA) lancée la semaine dernière par un groupe américain. L'action s'est appréciée de près de 50%, propulsant la capitalisation à 337 millions.

«La Suisse regorge de sociétés bon marché qui n'ont pas encore été découvertes par les investisseurs globaux», explique David Dubbing, qui gère 1,7 milliard de francs à Londres pour le fonds Threadneedle European Smaller Companies.

«Comme en Allemagne, les entreprises suisses sont assises sur de gros gisements d'économies», explique David Dubbing. Il a en tête le processus de délocalisation vers les pays à bas salaires. Il est à peine engagé. Ses sociétés préférées en Suisse: LEM, Amazys, Belimo, Gétaz Romang, Batigroup, Zschokke, Sulzer, Schindler, Lindt & Sprüngli.

Plus pittoresque: lannée dernière, la société exploitant le chemin de fer de la Jungfrau a séduit un autre fonds britannique, qui a aussi craqué pour les machines agricoles de Bucher Industrie. Plusieurs firmes de Wall Street ont jeté leur dévolu sur le fabricant de radiateurs Zehnder, 528 millions de capitalisation. A lui tout seul, First Eagle, un gérant d'actifs américain, détient une participation de plus de 11%. Il lui serait impossible de se désengager rapidement d'une entreprise dont les actions sont peu liquides. On n'est plus très éloigné du private equity.

Les investisseurs étrangers recherchent parfois des entreprises susceptibles de profiter de l'accélération de la croissance en Suisse. Plus souvent, ils sont à l'affût de leaders mondiaux sur des niches, même étroites.

Il y a un hic. Le SPI, l'indice large de la Bourse suisse, a discrètement dépassé son plus haut historique de 1998 alors que le SMI a encore un bout de chemin à faire. Les petites capitalisations s'échangent en moyenne à 19 fois leurs bénéfices, comme les blue chips du SMI moins risquées. L'opinion dominante professe que les petites capitalisations ont mangé leur pain blanc.

Des ratios prix sur bénéfices autour de 20, Peter Lehen s'en méfie. Le gérant du fonds Saraselect (570 millions sous gestion) de la banque Sarasin trouve encore beaucoup de perles deux fois moins chères. «Il faut étudier les entreprises une par une», affirme-t-il. Ses plus grosses positions sont la boulangerie Hiestand, Bachem et PubliGroupe.