Un pays plus ouvert, un pouvoir d’achat accru, des entreprises plus compétitives et qui s’internationalisent. Long Yongtu fête les dix ans de l’entrée de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce. «L’ouverture des marchés a permis à notre population d’améliorer son niveau de vie», se réjouit celui qui a été la cheville ouvrière de cette adhésion. «Les revenus des classes les plus défavorisées ont augmenté de plus de 50% durant les trois dernières années, dit-il. On voit de plus en plus de Chinois achetant des réfrigérateurs, des cuisinières électriques et même des voitures.» Selon lui, en 2015, le pouvoir d’achat des Chinois sera supérieur à celui des Japonais, qui est le deuxième après les Etats-Unis.

La voix posée et douce, le septuagénaire Long Yongtu ne cache pas sa satisfaction du devoir accompli et se félicite des entreprises chinoises qui prennent pied à l’étranger. «Mais elles doivent encore apprendre à respecter les règles et les pratiques dans les pays d’accueil. Il ne suffit pas seulement d’investir. Elles doivent aussi créer des emplois sur place. Les pays où elles sont présentes doivent aussi en tirer des bénéfices», explique-t-il en marge d’une conférence qu’il a donnée le mois dernier à Genève. Les entreprises sont en effet souvent accusées de créer peu d’emplois dans les pays où elles décrochent des contrats.

Plaintes contre la Chine

Long Yongtu réfute l’idée que l’émergence de la Chine se fait au détriment des pays industrialisés. «Non, les Chinois ne volent pas vos emplois. Les Suisses ou les Européens n’acceptent pas les conditions de travail qui prévalent en Chine, poursuit-il. Mais par ailleurs, il ne fait aucun sens de fabriquer certains produits en Suisse où les coûts sont très élevés.» Selon l’ancien diplomate chinois, la Chine n’est pas la cause du chômage en Suisse ou en Europe. Le problème vient de la crise financière et économique qui a commencé en 2008-2009 et qui s’aggrave aujourd’hui.

Il récuse aussi l’idée selon laquelle le développement rapide de la Chine fait pression sur les matières premières et sur l’environnement. «Notre pays est immense et riche en ressources naturelles. Nous sommes autosuffisants dans de nombreux secteurs, mais nous devons tout de même importer le pétrole et l’acier. Mais je n’y vois pas de problème. Si les Etats-Unis et d’autres pays s’approvisionnent en pétrole sur le marché international, nous pouvons en faire autant.»

Enfin, Long Yongtu ne s’inquiète pas outre mesure de nombreuses plaintes déposées auprès de l’OMC contre la politique commerciale chinoise. «Lorsque vous avez des échanges, vous avez des frictions. La Chine est devenue le premier exportateur mondial et on ne peut pas s’attendre à ce que toutes les entreprises respectent toutes les règles. Le nombre de plaintes n’est pas surprenant; il montre que notre commerce est en plein épanouissement.»