Emploi

«L’ONU finira par rémunérer les stages»

A Genève, des ONG se sont engagées à payer les stagiaires. David Hyde, le plus connu d’entre eux, croit à la fin d’un système basé sur le travail gratuit

La semaine dernière, un groupe de 27 Organisations non gouvernementales (ONG) basées à Genève s’est engagé à garantir un salaire mensuel minimum de 500 francs aux stagiaires. Un premier pas vers la régularisation de cette main-d’œuvre, devenue un véritable carburant pour certains secteurs économiques. David Hyde, 23 ans, avait dénoncé cet été le système des stages non-rémunérés en se mettant en scène dans une situation d’extrême précarité. Pour les médias, le jeune Néo-Zélandais restera comme l’homme à la tente. Sept mois plus tard, celui qui habite toujours dans le Grand Genève revient sur la cause qui a fait de lui le stagiaire le plus connu au monde.

- Un groupe d’ONG vient de s’engager à payer ses stagiaires. Qu’est-ce que cela vous inspire?

- Je suis satisfait. Ce n’est plus l’histoire d’un simple mec qui vit dans une tente. Il était fondamental de réaliser l’ampleur du système. Il n’y a pas que le milieu international qui est touché. La scène culturelle, les médias: tous les secteurs de l’économie suisse le sont aussi. En Europe, on estime le nombre de stagiaires à trois millions. Des ONG ont enfin admis la problématique et elles tentent aujourd’hui de montrer l’exemple à ceux qui continuent à exploiter les jeunes. Cela prendra du temps mais l’ONU finira par payer ses stagiaires. Je suis optimiste.

Lire aussi: Les stagiaires veulent devenir des salariés comme les autres

- Le Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) peine à réunir des fonds pour assurer sa mission. Pensez-vous vraiment que l’ONU pourra en lever pour payer des stages en Suisse à de riches occidentaux?

- Les riches occidentaux sont massivement représentés dans le système onusien. Payer les stagiaires permettrait justement d’intégrer une force de travail qui ne peut actuellement pas se payer le luxe de ces expériences non-rémunérées: les jeunes issus de milieux modestes et de pays en voie de développement.

- L’ONU n’a pour l’instant pas inclus cette problématique à l’agenda de la prochaine session de l’Assemblée générale (reportée à octobre ndlr.)…

- Nous avons obtenu le soutien de la France, un membre du Conseil de sécurité. C’est un pas important. L’argent est là. L’ONU envisageait récemment d’augmenter le salaire de ses cadres. Il y a surtout un problème de redistribution: payer les stagiaires n’affecterait le budget de l’organisation que de 0,4% alors que cette main-d’œuvre représente 10% des effectifs.

- En régulant, ne finira-t-on pas par créer une nouvelle catégorie d’employés au rabais?

- C’est un risque. En 1996, l’ONU comptait moins de 200 places de stages. Aujourd’hui, il y en a 4000 et pratiquement plus de postes de premier emploi (entry-level). Il y a une corrélation claire: les stagiaires remplacent les employés. C’est un fait. Maintenant, il faut faire en sorte de leur donner un statut et des droits. Et faire en sorte que cette première expérience dans le monde professionnel soit accessible à tout le monde.

Lire aussi: Le carburant occulte de la Genève internationale

- Certaines personnes se sont senties manipulées lorsqu’elles ont appris que vous vous étiez mis en scène devant la tente. Qu’est-ce que vous leur diriez aujourd’hui?

- Je suis un Néo-Zélandais blanc, de sexe masculin et issu de la classe moyenne. Bien sûr, je ne suis pas représentatif de la population exclue par le système onusien. Cette forme de mise en scène a permis de nourrir le débat. Les médias fonctionnent au sensationnalisme. Ils connaissaient la problématique mais avaient besoin d’une image leur permettant de s’en saisir. Cela a permis de démontrer qu’il y avait un réel problème.

- Avez-vous à un moment donné été dépassé par les événements?

- Je n’aurais jamais pu prédire l’ampleur des réactions. Les choses sont en train de bouger. Des ONG qui ne payaient pas leurs stagiaires se sont mises à le faire et l’ONU leur accorde désormais trois francs de réduction à la cantine. C’est un premier pas. Mais toute cette histoire a valu la peine.

Publicité