«L’ONU va enquêter, mais doit aussi sanctionner les fonds vautours»

Nations unies Le ministre argentin des Affaires étrangères, Hector Timerman, était vendredi à Genève

Entretien,dans la fouléed’une résolution condamnantles spéculateurs

Son économie est à la dérive, et sa population divisée. L’Argentine est un pays en récession, accablé par le chômage et une inflation annuelle estimée à 30%. Un mois après son défaut partiel – Buenos Aires préfère dire «sélectif», car découlant selon lui d’aspects légaux et non d’une incapacité financière – de paiement, le gouvernement argentin tente toujours d’éteindre ce nouvel incendie, depuis la faillite de l’Etat en 2001.

Sommée par la Cour suprême des Etats-Unis de rembourser l’intégralité de ses dettes à des créanciers minoritaires, la troisième économie d’Amérique latine n’est pas encore parvenue à un accord avec les fonds Elliott et Aurelius, qui lui réclame la somme de 1,3 milliard de dollars.

Buenos Aires a obtenu des Nations unies (ONU), vendredi à Genève, une condamnation des fonds «vautours». Entretien avec le ministre argentin des Affaires étrangères, Hector Timerman.

Le Temps: Quel est en ce moment l’état d’esprit de vos électeurs?

Hector Timerman: Très difficile. Nous vivons en ce moment une crise économique, politique et sociale majeure. Plus de 80% du peuple argentin nous soutient dans nos démarches. Les manœuvres opérées par les fonds vautours affectent, en profondeur, la vie quotidienne des Argentins. Leurs revendications détournent les financements dévolus à la santé et à l’alimentation, ce qui représente une violation des droits de l’homme caractérisée.

– Le monde est pourtant dominé par la finance. Qu’espérez-vous y changer?

– Les fonds vautours ne vont pas s’arrêter tant que nous n’agirons pas personnellement. Par ailleurs, les grandes instances internationales ne reflètent plus la réalité économique de la planète. Raison pour laquelle nous avons, par exemple, demandé une adaptation du droit de vote au Fonds monétaire international, ce que – notamment – le Brésil, l’Inde et la Chine ont refusé. Mais nous allons continuer de militer pour une meilleure représentativité.

– Le Conseil des droits de l’homme vient de voter une résolution condamnant les fonds vautours. Ne craignez-vous pas que cette initiative ne soit pas suivie d’actes concrets?

– Vous avez raison, il ne suffit pas de condamner verbalement certains groupes de pirates. Toutefois, nous vivons un moment unique dans l’histoire de l’ONU. L’organisation va, dans un premier temps, enquêter sur ces spéculateurs. Mais nous attendons aussi d’elle qu’elle sanctionne les fonds scélérats, pour les empêcher de nuire. Leurs actes ne doivent pas rester sans effets légaux.

Nous croyons fermement en le multilatéralisme. Il n’y a pas que les grandes puissances qui doivent décider de l’avenir de tous. Ce n’est que le début d’une longue route vers plus de justice, pour l’ensemble de la communauté internationale. L’Argentine est le défenseur des sans-voix.