Alimentation

Lonza se lance sur le terrain de Nestlé

Le groupe chimique bâlois achète pour 300 millions de dollars une société américaine active dans les additifs alimentaires de prévention de certaines maladies

Richard Ridinger, patron de Lonza, avait prévenu, le 20 juillet lors de la présentation des résultats semestriels: «Nous avons ouvert le radar d’exploration d’acquisitions et déjà examiné quelques dossiers».

On le sait aujourd’hui, l’un de ces dossiers était celui de la société californienne InterHealth Nutraceuticals. Lonza a annoncé lundi la conclusion d’un accord d’achat de l’entreprise pour 300 millions de dollars (292,24 millions de francs). InterHealth, qui ne craint pas, contrairement à certaines entreprises européennes dont Nestlé, le terme d’alicament placé dans sa raison sociale, est présente sur ce marché aux Etats-Unis depuis 1987.

La société, qui a publié quelque 250 recherches dont des études cliniques, commercialise une quinzaine d’ingrédients, le plus souvent des compléments alimentaires qui favorisent le fonctionnement des articulations, aident à perdre du poids, ralentissent les pertes de mémoire, stimulent la fonction cardiaque ou appuient la lutte contre le diabète.

Produit tiré du poulet

Le produit-phare d’InterHealth est UC-II, ingrédient tiré du cartilage du sternum de poulet, utilisé contre les douleurs dues à l’arthrose du genou. Une étude clinique menée durant 180 jours sur 191 volontaires a démontré une certaine efficacité pour augmenter la mobilité du genou, mais son mécanisme d’action reste mystérieux.

Le chiffre d’affaires annuel de la société est estimé à 92 millions de francs, et la marge bénéficiaire EBIT à 33%, par l’analyste de la banque Vontobel. Lonza va étendre la commercialisation des produits d’InterHealth en Europe et sur d’autres marchés en utilisant son réseau existant dans le domaine des produits de consommation. Le groupe bâlois gère en effet un segment commercial nutrition qui comprend des ingrédients pour la santé comme la vitamine B3, où Lonza est leader mondial, ou Carnipure, qui contient la L-carnitine, utilisée pour refaire le plein d’énergie après un effort sportif ou lors de l’affaiblissement de certains organes.

«Nous avons décelé d’importantes synergies provenant de cette combinaison d’affaires», indique Richard Ridinger, dans le communiqué de presse diffusé lundi. Lonza a présenté en juillet des résultats semestriels supérieurs aux attentes, marqués par une progression de 6% du chiffre d’affaires, à 2,019 milliards de francs, et de 20% du bénéfice EBIT, à 312 millions.

Le groupe est connu pour la fabrication de médicaments sous licence, notamment une quinzaine de produits de biotechnologie pour de grands groupes pharmaceutiques. La volatilité de ce secteur est importante car les affaires dépendent des procédures, longues et complexes, de l’homologation de nouveaux médicaments.

Lonza a également développé un département dit d’ingrédients spécialisés, qui couvre de nombreux marchés, comme le traitement de l’eau, du bois, mais aussi les cosmétiques et l’alimentation humaine et animale. Par une stratégie de montée en gamme de ses produits, le groupe bâlois est parvenu à dégager une marge bénéficiaire EBITDA de 20,7% dans ce secteur, contre 17,2% en 2013.

L’acquisition d’InterHealth s’inscrit dans un mouvement général de rapprochement des secteurs pharmaceutique et de la nutrition. Nestlé, qui mène des recherches sur des alicaments depuis de nombreuses années, et vend déjà plusieurs compléments alimentaires concurrents de ceux d’InterHealth, l’a clairement souligné le 26 juin en décidant de placer à la tête du groupe d’alimentation Ulf Mark Schneider, patron de l’entreprise pharmaceutique Fresenius.

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