Le succès ne s'est pas démenti lors de la troisième journée de l'Open Forum. Salle comble, nombreuses questions du public, «le résultat dépasse toutes mes espérances», dit André Schneider, porte-parole du WEF. Il espère bien que l'expérience sera renouvelée l'an prochain, sous une forme qui reste encore à définir. En attendant, un bilan est prévu dans quelques semaines.

On peut déjà aujourd'hui tirer quelques enseignements. Au vu de l'affluence et de la diversité de l'auditoire, ce type de débat répond à une demande. Que des manifestants puissent, sans être rabroués, déployer des banderoles contestataires lorsqu'un grand patron s'exprime démontre que ce forum «ouvert» ne l'est pas que dans son intitulé. Par ailleurs, le (trop?) large panel des orateurs – six professionnels – permet généralement une discussion dynamique.

L'exercice a montré deux limites. La première tient au fait que le patronat est sous-représenté. Dès lors, celui qui endosse ce rôle a bien des chances de passer pour la tête de turc. Avec un Peter Brabeck au caractère bien trempé, le débat a viré un bon moment au dialogue de sourds. Daniel Vasella, plus tempéré et sans doute plus habile (mais aussi, c'est vrai, moins critiqué), a réussi à retourner la salle en sa faveur lorsqu'il a dit en substance: «Oui, c'est vrai, je gagne bien plus d'argent que je ne peux en dépenser mais je vais en consacrer une partie aux défavorisés.» Ce qui n'a pas fait avancer le débat sur le salaire des dirigeants mais lui a valu force applaudissements.

Des références différentes

L'autre limite, et là les organisateurs n'y sont pour rien, tient à l'extrême difficulté de deux mondes, entreprises et ONG, de trouver un terrain de discussion. Car les références ne sont pas les mêmes. Comment établir un débat entre une représentante d'une ONG qui affirme qu'il est inadmissible de dépenser tant d'argent pour préparer une guerre en Irak quand il fait défaut pour distribuer des médicaments dans le tiers-monde et un patron qui dit que son très haut revenu correspond aux normes du marché? Impossible de contredire l'une ou l'autre, et c'est bien là le problème.

Il serait excessif de prétendre que l'observateur n'a rien appris, tant s'en faut. Mais souvent il n'y a pas eu de véritable débat. Sans doute faudrait-il choisir des thèmes beaucoup plus précis que l'éthique et la mondialisation par exemple pour contraindre les orateurs à rester très concrets et aller au fond des choses.