Non, le cartel ayant la haute main sur les deux cinquièmes des approvisionnements en hydrocarbures ne répondra pas à l'appel des importateurs - Etats-Unis en tête - de pomper davantage de brut, afin d'enrayer la folle envolée des prix. Il y a tout juste trois semaines, le cours du baril flirtait pourtant avec les 100 dollars...

La réponse des responsables de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, réunis hier à Abu Dhabi? «Le marché continue d'être correctement approvisionné [...] les réserves restent confortables.» Les raffineries des pays consommateurs - trop peu nombreuses - et la spéculation sur les produits énergétiques - frénétique - expliquent selon eux davantage les cours actuels. Une manière de répondre aux cris d'alarme poussés par l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la «voix» des pays de l'OCDE en matières de pétrole qui, durant des mois, aura brandi la menace d'un déficit cet hiver; les besoins en chauffage de l'hémisphère Nord s'ajoutant à la boulimie énergétique de la Chine. Aujourd'hui la question pour les pétromonarchies n'est plus de déterminer les quantités nécessaires pour «passer» l'hiver. Tout baril supplémentaire mis à disposition n'arriverait de toute façon pas à destination avant des mois. Celles-ci tentent en réalité déjà de s'ajuster aux besoins du printemps, alors que toutes les interrogations entourent un possible coup de frein de l'activité des Etats-Unis - et de leurs besoins en énergie. Prudent, le Secrétariat de l'OPEP à Vienne table pour le premier trimestre 2008 sur «une demande pour [son] pétrole à peine supérieure à la production actuelle», rappellent les experts de Barclays Capital à Londres. Une circonspection également liée au fait que les volumes quittant les côtes des pays du Cartel accélèrent déjà. En particulier en Irak, où l'oléoduc joignant le nord du pays à la Méditerranée recommence à fonctionner. A cela s'ajoute l'arrivée de l'augmentation de production de 0,5 million de barils décidée lors du dernier sommet, en septembre. Au final, le monde disposera ainsi de «1,2 à 1,3 million de barils quotidiens supplémentaires dès ce mois-ci», calcule Olivier Jakob, responsable du bureau d'analyse Petromatrix à Zurich. Même l'AIE, déçue par la décision d'hier, a dû admettre que «la production totale de l'OPEP s'est avérée plus importante que celle fixée en septembre», ajoutant que «des signes montraient que plus de pétrole était en chemin».

Réunion en février

Offre en hausse, demande incertaine... En attendant d'y voir clair l'OPEP temporise, et se réunira le 1er février pour affiner sa position. Pour les plus pessimistes, à l'instar de Mike Fitzpatrick, de MAN Financial à New York, ces pays «n'augmenteront alors pas davantage la production, les révisions des perspectives économiques ayant tout lieu de monopoliser leur attention». Tout afflux de pétrole a ce moment précis ferait plonger les cours. Ce que le cartel redoute plus que tout, hanté par le souvenir d'une décision malheureuse prise à Djakarta. Il y a dix ans. A la veille de la crise financière asiatique.