Les périodes de crise économique ne réussissent en général guère aux pays de l'OPEP. Théoriquement, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole réduit alors sa production en suivant le ralentissement de l'activité mondiale, afin de maintenir les cours du baril à un niveau donné. La crise asiatique, il y a dix ans, avait cependant démontré les limites de ses interventions. Ne percevant pas le coup frein qu'allait connaître l'Extrême-Orient - et ses besoins en hydrocarbures - l'alliance des pays pétroliers avait décidé, à l'automne 1998, d'y faire affluer... davantage de brut. Six mois plus tard ce trop-plein avait fait plonger les cours mondiaux à 10 dollars. Un cauchemar pour les rois du pétrole.

Le souvenir de cette erreur planait encore sur la réunion d'urgence de l'OPEP, vendredi à Vienne. Confronté à ce qui pourrait devenir une récession à l'échelle mondiale, le cartel a pris les devants, en décidant de ralentir de 1,5 million de barils le rythme de pompage quotidien des puits de ses membres, jusque-là de 28,8 millions de barils par jour.

Une décision dont les résultats demeurent hautement incertains. Tout d'abord, la baisse des cours apparaît autant liée au bradage, par les institutions financières, de leurs placements dans les matières premières, qu'au ralentissement du trafic des tankers. «Le pétrole est sous influence de la psychologie apocalyptique régnant sur les marchés», note Mike Fitzpatrick, chez MAN Financial à New York. Hier, en dépit de la réduction à venir de l'offre de l'OPEP, le brut plongeait sous les 65 dollars. D'autre part, il faudra que le cartel maintienne la discipline au sein de ses membres; afin d'atteindre un objectif visant leur «bien commun», mais qui, dans un premier temps, exige de produire moins d'un pétrole valant moins cher.

L'Iran dans le rouge

Or actuellement certains dans ses rangs sont dans une passe délicate. L'équipe du magazine Pétrole & Gaz Arabes estime ainsi à 90 dollars le prix du brut nécessaire à l'Iran pour équilibrer son budget. La manne pétrolière, qui assure les trois quarts des recettes budgétaires du pays, est essentielle pour permettre la poursuite du financement du programme social du président Ahmadinejad - qui espère se faire réélire en juin prochain.

Les économistes du FMI calculent que même l'Arabie saoudite a besoin d'un baril de 49 dollars pour que ses comptes publics ne virent pas au rouge, le Qatar et les Emirats arabes unis se contentant de moins de 25 dollars. «Selon nous, Riyad a bâti son budget sur un baril à 45 dollars (ndlr: le chiffre est gardé secret), mais ce seuil ne rime en rien avec d'éventuels problèmes de solvabilité, le pays ayant constitué des réserves considérables... et ceci est encore plus vrai pour les Emirats arabes unis ou le Qatar», ajoute Francis Perrin, rédacteur en chef de Pétrole & Gaz Arabes à Paris.

L'influence des «non-OPEP»

L'OPEP doit tenir compte d'un autre facteur: les pays pétroliers n'appartenant pas à son alliance. Il y a six mois, le rôle de ces derniers était passé au second plan: ceux-ci produisaient de toute façon déjà au maximum. Et n'avaient donc aucun baril «sous le pied» pour enrayer la hausse des cours. Tout autre pourrait être leur influence en cas de poursuite de la baisse. Déjà, le spécialiste canadien des sables bitumineux Suncor vient de reporter ses projets d'expansion et le brésilien Petrobras laisse entendre qu'il pourrait faire de même.

Une situation qui pourrait expliquer pourquoi le cartel a décidé de ne réduire «que» de 1,5 million de barils sa production. Gholam Hossein Nozari, le ministre iranien du Pétrole, plaidait ainsi en faveur d'une baisse de 2 millions de barils. L'OPEP doit en effet prendre la mesure d'un possible assèchement du marché par les «non-OPEP». Voire s'entendre avec eux.

Cette semaine, le secrétaire général de l'OPEP, Abdallah Salem el-Badri, était en visite à Moscou. Et à l'issue du sommet d'hier, l'organisation a appelé les autres pays pétroliers «à contribuer à ses efforts pour restaurer les prix à des niveaux raisonnables».