L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) s'apprête à user de l'arme de la réduction de production pour enrayer la baisse des cours. Amorcée fin novembre, cette chute fait suite à 18 mois de fièvre des prix du brut et quatre ouvertures des vannes pétrolières en 2000. Le marché a déjà largement anticipé ce mouvement. L'OPEP, qui se réunit mercredi à Vienne, avait déjà sonné l'alarme voici deux mois et refusé d'augmenter ses quotas lors de sa précédente conférence. Mais la réduction attendue, d'au moins 1,5 million de barils par jour (mbj), intervient trop tard, selon les observateurs.

Crainte d'un nouvel

effondrement

«L'OPEP aurait dû fermer les robinets dès novembre», estime Frédéric Lasserre, analyste pétrolier à la Société Générale. Cet expert reconnaît qu'il aurait été politiquement difficile de procéder alors à une baisse de la production, quand les cours du brut étaient encore bien au-dessus de 30 dollars le baril. Le cartel de l'or noir craint un nouvel effondrement des cours lorsque la demande mondiale baissera à la fin de l'hiver. Les prix ont déjà chuté de 10 dollars en un mois à la fin de l'année dernière. «En mars, les cours pourraient tomber en dessous des 22 dollars le baril», souligne Frédéric Lasserre.

«L'OPEP a toujours un train de retard, même si ses ajustements sont plus fréquents depuis 1999. Elle attend les extrêmes pour réagir a posteriori, au lieu d'anticiper les niveaux des stocks et la demande.» Les cours ont fluctué de près de 30 dollars entre le creux de la vague fin 1998 (9 dollars le baril) et les sommets atteints en 2000.

Moins sévère, Pierre Terzian, directeur de l'hebdomadaire spécialisé Pétrostratégies, estime que l'OPEP «fait preuve d'une cohésion politique jamais atteinte dans son histoire et colle beaucoup mieux au marché». Si elle réussit «à stabiliser cette année les prix autour de 25 dollars le baril, ce sera une belle victoire».

Réaction anticipée

L'impact d'une réduction sera de toute façon limité puisque les marchés l'ont largement anticipée. Le suspense pèse néanmoins sur son ampleur et la date de son entrée en vigueur. Les Etats-Unis, eux, tentent de persuader l'OPEP de maintenir le volume de production actuel. Mais le marché ne croit guère au succès de l'initiative américaine. L'OPEP devrait donc décider cette semaine d'une réduction de production de 1,5 à 2 mbj (un baril équivaut à 159 litres), qui pourrait être échelonnée, a déclaré samedi le nouveau président du cartel Chakib Khelil, ministre algérien de l'Energie. De son côté, l'Irak a demandé une baisse de production de 3 mbj. Les analystes s'attendent à une baisse de 1,5 mbj, à partir du 1er février. Le Mexique, non membre de l'OPEP, devrait aussi fermer ses vannes de quelque 150 000 bj.

Quelle que soit la solution retenue mercredi à Vienne, il apparaît d'ores et déjà que les marchés ont anticipé la volonté de l'OPEP de réduire sa production. Soutenu par cette perspective, le cours du Brent continuait ainsi de progresser vers les 26 dollars vendredi à Londres, dépassant même très légèrement 30 dollars à New York. Reste que, si les consommateurs viennent de vivre une année noire, les producteurs eux se frottent les mains. Selon les calculs de Pétrostratégies, les revenus de l'OPEP ont atteint en 2000 la coquette somme de 261 milliards de dollars (plus de 420 milliards de francs), leur plus haut niveau depuis vingt ans.