C’est un OVNI du marché suisse des télécoms qui effectue, ce lundi 18 avril, sa mue. VTX, basé à Pully (VD), dévoile ce jour son nouveau logo. Derrière ce changement de façade est en train de s’opérer une mue bien plus profonde. L’opérateur, qui fête cette année ses… 30 ans, change de directeur et de stratégie. «Nous étions une start-up avant l’heure», sourit Francis Cobbi, qui avait fondé VTX en 1986 avec Philippe Roditi. Les deux hommes, qui ont dirigé ensemble la société durant toutes ces années, se retirent de l’opérationnel. Depuis le 1er janvier, c’est Yves Pitton qui dirige VTX.

VTX change de logo, mais conserve son nom, intimement lié aux débuts du vidéotex. «Avec Philippe, nous avons toujours suivi les technologies de près et nous sommes battus pour les lancer le plus vite possible sur le marché. C’est ce qui a fait le succès de la société, même si nous avons bien sûr aussi connu des années difficiles», poursuit Francis Cobbi. Aujourd’hui, VTX, c’est en chiffres 180 employés, 50 millions de chiffre d’affaires et un résultat net que Francis Cobbi n’articule pas, mais décrit comme «insatisfaisant». «La société peut faire nettement mieux. Elle est en train de se réorganiser sous l’impulsion d’Yves. Et avec Philippe, nous l’accompagnons via nos rôles d’administrateurs».

«Des passionnés de technologie»

Sur le marché des télécoms, VTX n’est pas seulement un OVNI de par sa longévité. Il l’est aussi par son portefeuille de services et sa stratégie. Téléphonie fixe, accès à Internet, fibre optique, télévision mais aussi services «cloud» («informatique en nuage»), la société est présente dans tous les marchés. «Nous avons été des passionnés de technologie, nous voulions tout essayer et commercialiser beaucoup de services. Maintenant, il est temps de réadapter la stratégie de VTX au marché et de faire quelques choix forts», affirme Francis Cobbi.

Yves Pitton est donc l’homme du changement. Membre de la direction de Kudelski durant neuf ans et exilé ces quatre dernières années par le groupe dans la Silicon Valley pour y déceler les dernières tendances, il doit insuffler un nouvel état d’esprit dans la PME. «La société est extrêmement stable, les employés y sont très attachés et effectuent un travail de qualité, affirme Yves Pitton. Mais il y a des adaptations à effectuer vu que le marché change très vite».

«Une PME pour les PME»

Le changement majeur concernera les clients entreprises, qui apportent deux tiers du chiffre d’affaires de VTX, le tiers restant émanant des particuliers. «Notre grande force, c’est d’être une PME qui sait parler aux PME, poursuit le nouveau directeur. Maintenant, il faut passer la vitesse supérieure en élargissant considérablement notre réseau de revendeurs pour élargir notre base de clientèle. C’est grâce à nos revendeurs et nos partenaires que nous allons réussir».

Certes, mais y a-t-il encore une place à côté de Swisscom, qui lance aussi une offensive sur ce marché? «Absolument, j’y crois totalement, affirme Yves Pitton. Swisscom ne peut pas tout faire, nous avons de la place pour offrir un service de qualité et de proximité à des entreprises qui ont des besoins très spécifiques en matière de connectivité et de services en ligne. D’autant que nous avons une présence dans toute la Suisse». Et comme concurrents, il y a aussi, dans certains domaines, Google ou Amazon, pour les services en ligne. «Vu mon expérience, je sais exactement ce qu’ils proposent et je connais leur stratégie, dit Yves Pitton. Mais prenez le directeur d’une PME suisse: il préférera la plupart du temps faire appel à un prestataire local, dont le responsable technique répond au téléphone en cas de souci, plutôt que de confier toutes ses données et ses services à une société injoignable et sous le joug de la loi américaine, même si elle est un peu moins chère».

«Guider les employés»

Aujourd’hui, le capital de VTX est divisé en trois parts: celle des fondateurs de la société, accompagnés de quelques employés, celle d’investisseurs représentés par Alain Nicod et celle d’investisseurs institutionnels historiques, dont des Français. En 2008, VTX comptait entrer en bourse. «Disons que le retournement des marchés financiers nous a refroidi, sourit Francis Cobbi. Ce n’est plus du tout d’actualité. Et Yves a assez de travail comme cela pour recomposer VTX!». Il y a quelques années, la société avait en effet procédé à plusieurs acquisitions de taille, s’emparant par exemple des activités suisses de Tiscali et de Cable & Wireless. «Il y a du réalignement à faire, conclut Yves Pitton. Mais je ne parle pas de restructuration. J’ai envie de guider les employés, de les mobiliser, de les motiver et de leur permettre de donner le meilleur d’eux-mêmes pour que VTX soit dynamique».