Analyse

L’opinion publique peut anéantir les ambitions de la Chine

Attention au marketing politique! Les investissements gigantesques prévus pour la nouvelle Route de la soie et le rêve de domination asiatique sont menacés par des siècles de conflits et le soutien de la Chine aux gouvernements corrompus et sans scrupule

Les promesses de la nouvelle Route de la soie sont exceptionnelles, mais il faut se distancier des effets d’annonce si l’on veut éviter des déconvenues.

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Lorsque Barack Obama est venu à Hanoï au printemps 2016, l’accueil a été formidable. Une ville en liesse. D’ailleurs, 78% des Vietnamiens ont une opinion favorable des Etats-Unis. Pourtant, 13 à 15 millions de bombes ont été larguées sur ce petit pays pendant la guerre du Vietnam (de 1962 à 1975), soit trois à quatre fois le tonnage largué durant toute la Seconde Guerre mondiale. A l’inverse, en novembre 2015, lors de la visite de Xi Jinping, le discours du président chinois devant l’Assemblée nationale vietnamienne a été accueilli par un silence glacial, explique Tom Miller, auteur de China’s Asian Dream (Editions Zed, 2017, 292 pages). Seuls 19% des Vietnamiens ont une opinion favorable de la Chine, observe l’éditeur du China Economic Quarterly et analyste de Gavekal Research.

Manque de rentabilité économique

Les rêves chinois risquent de se transformer en cauchemar s’ils font fi de l’opinion publique. Ce sera de toute manière un exercice d’équilibriste sur les plans économique et politique.

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Par exemple, à Khorgos, à la frontière du Kazakhstan, un vaste centre de distribution pour l’Asie centrale, les formalités ont certes été simplifiées. HP, Acer, Foxconn, Volkswagen, Audi et BMW exportent leurs produits de la Chine vers l’Allemagne. Mais les milieux d’affaires européens se plaignent du manque de rentabilité de cette route. Le patron d’un groupe pétrochimique l’emploie uniquement pour plaire aux dirigeants chinois, révèle Tom Miller.

L’autre problème est géopolitique. L’ascension de la Chine paraissant inévitable, il faudra bien que les autres pays asiatiques et les Etats-Unis s’en accommodent, et accepter que l’Empire du Milieu dispose d’une plus grande marge de manœuvre dans sa zone d’influence. Mais le défi est de taille.

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Pékin parle d’une «communauté d’intérêts partagés». Mais les populations locales savent que les investissements en infrastructures prévus entre la Chine et l’Ouest profitent en premier lieu à l’Empire du Milieu. Le financement des projets d’autoroutes et de chemins de fer est avant tout chinois, comme les entreprises qui obtiennent les mandats et les employés qui travaillent dans les chantiers, explique Tom Miller. La Chine représente la moitié du produit intérieur brut asiatique, mais elle peine à respecter les cultures locales et l’opinion publique.

Trop de largesses aux gouvernements corrompus

La Chine a trop souvent défendu les gouvernements corrompus et autoritaires pour que les populations applaudissent sans réserves les projets de Pékin. En Birmanie, le gouvernement chinois a trop soutenu la junte militaire. Avec le changement de pouvoir, l’influence de la Chine est inférieure à celle de 2010. L’opinion publique a forcé le gouvernement à repousser la construction d’un projet ferroviaire et d’un énorme barrage. Un scénario presque identique s’est produit au Sri Lanka.

Dans la mer de Chine méridionale, où passe le tiers du trafic maritime mondial, la Chine veut s’approprier des petites îles loin des côtes chinoises, ce qui a provoqué la colère au Vietnam et aux Philippines. La politique «proactive» de la Chine encourage les pays de la région à se rapprocher des Etats-Unis.

Le Japon et la Corée ont des atouts

Tous les chemins ne doivent pas mener à Pékin. La Corée du Sud et le Japon ont aussi une carte à jouer. Le Japon a investi 56 milliards de dollars dans les pays de l’Asean entre 2011 et 2013, soit le double de la Chine. Un rééquilibrage est en cours, mais Pékin n’est pas seul.

Au cœur de Hô Chi Minh-Ville, un chantier signale la construction d’un arrêt de métro entre l’opéra et les grands hôtels. Une pancarte révèle qu’il est le fruit du partenariat entre le Japon et le Vietnam. La construction a été confiée à deux groupes japonais, Shimizu et Maeda. Les pays d’Asie veulent se diversifier.

Le gouvernement chinois tente dans ses projets de nouvelle Route de la soie de tirer les leçons de ses investissements dans son pays. Mais le désir d’hégémonie est difficile à cacher à l’opinion publique. D’autant que nombre de gouvernements corrompus soutenus par Pékin n’utilisent pas les investissements pour le bien public. La Chine ne manque pas de muscles économiques, mais de «soft power» et de capital de confiance.

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