Depuis la cessation de convertibilité du dollar US en or entre banques centrales, décidée unilatéralement par les Etats-Unis en août 1971 pour leur permettre de s’exonérer de toute limitation en matière de recours au crédit, la monnaie fiduciaire («fiat currency») étatique de papier américaine et la plupart de celles des autres Etats ne sont plus gagées sur les réserves d’or des banques centrales mais seulement sur les bons du Trésor émis principalement par les USA – dont la monnaie nationale est devenue mondiale – et secondairement par ces autres Etats.

D’où les politiques – qui ne peuvent plus être stoppées tant que la convertibilité du dollar US en or ne sera pas restaurée – de «monétisation» et d’achat massif desdits bons du trésor conduites crescendo depuis cette date par les principales banques centrales ne visant qu’à soutenir par tous les moyens la valeur nominale relative de ces bons du Trésor, dont une forte chute entraînerait l’effondrement des monnaies fiduciaires étatiques par rapport à l’or. Et donc du Système monétaire international actuel en vigueur depuis 1971 lui-même puisque, dans ce cas de figure, les Etats ne disposant pas de suffisamment d’or ne seraient plus en mesure de continuer à se financer à crédit. A moins que le prix de l’or soit à ce moment-là massivement réévalué.

C’est, a contrario, parce que la Banque centrale européenne (BCE) a, en principe, interdiction d’acheter les bons du Trésor émis par les Etats membres de la zone euro que la monnaie unique européenne a fortement chuté depuis mi-2011 vis-à-vis du dollar américain comme de l’or – exprimé en euros – et que le Système monétaire européen a été récemment proche d’exploser avant que la BCE annonce qu’elle aussi se livrera en direct prochainement à de tels achats à grande échelle (qu’elle a d’ailleurs déjà commencé de façon limitée et indirecte via les grandes banques européennes qu’elle a inondées de liquidités bon marché).

Autrement dit, depuis 1971, la monnaie papier n’est plus garantie que par des dettes publiques, c’est-à-dire par un autre papier lui aussi sans valeur intrinsèque ne représentant qu’une promesse de remboursement de la part d’Etats pour la plupart d’entre eux en faillite réelle ou virtuelle parce que surendettés… La valeur relative d’une monnaie par rapport à une autre, dans le système actuel, étant devenue fonction de la capacité de l’Etat qui l’émet à s’endetter le meilleur marché possible… Ce qui est la négation absolue du rôle primordial de la monnaie en tant qu’instrument de conservation et de transmission de la richesse, d’où le retour en force de l’or et de l’argent métal ces dernières années qui sont dorénavant les seuls à remplir cette fonction.

Etant donné que lesdites dettes étatiques ne font qu’augmenter de façon exponentielle, en dépit des programmes d’austérité et de diminution des déficits publics décidés par certains Etats européens, il arrivera nécessairement un moment où les banques centrales ne pourront plus accroître leurs bilans à l’infini pour acheter toujours plus de bons du Trésor avec de la monnaie créée par elles ex nihilo, sauf à provoquer une puissante inflation se traduisant, d’abord, par la chute du dollar américain vis-à-vis des autres monnaies de papier émises en moindre quantité et, ensuite ou parallèlement, vis-à-vis de l’or.

Ce moment arrive, même si l’inflation n’a pas encore sensiblement augmenté parce que la monnaie créée ex nihilo n’est pas entrée dans l’économie réelle mais est restée pour l’essentiel cantonnée dans les livres des grandes banques privées, est revenue dans ceux des banques centrales ou bien a été placée sur les marchés d’actions et d’obligations, dans la mesure où les taux d’intérêt – en particulier américains – à court terme sont déjà à zéro, voire sont déjà négatifs dans le cas des taux à moyen ou long terme. Et qu’ils ne peuvent donc que remonter, entraînant ainsi mécaniquement la chute des bons du Trésor et donc du dollar américain, la monnaie dans laquelle la majorité desdits bons du Trésor circulant dans le monde est émise.

L’expérience montre que l’or étant une monnaie et non pas une marchandise monte, non pas en raison d’un déséquilibre de l’offre et de la demande qui pourrait l’affecter (ainsi que beaucoup de gens le pensent à tort), mais seulement lorsque la monnaie dans laquelle on l’exprime baisse vis-à-vis des autres ou bien perd intrinsèquement son pouvoir d’achat à vive allure (ainsi qu’on a pu le constater de mi-2001 à mi-2011 dans le cas du dollar américain, d’où la hausse quasi ininterrompue de l’or exprimé dans ce même dollar américain pendant cette période de dix ans).

Il est donc prévisible que l’or et accessoirement l’argent métal devraient avoir trouvé un support majeur ces derniers mois vers 1525 et 26 dollars US l’once respectivement, en même temps que le dollar américain a recommencé à baisser et les bons du Trésor américains aussi. Tout porte à croire que l’or devrait remonter courant 2012 au moins vers son plus haut niveau de 1962 atteint mi-2011 pour le dépasser nettement courant 2013-2014 et vraisemblablement atteindre les 2400. Cette hausse ne sera pas linéaire mais sujette à des corrections intermédiaires puisque les «bullion banks» continueront de vendre à terme régulièrement pour se constituer des liquidités les métaux qu’elles empruntent aux banques centrales et que les sociétés minières en feront de même pour protéger («hedger») les prix des métaux qu’elles produisent contre le risque de baisse de leurs cours.

Plus l’or montera, plus la plupart des Etats émergents, dont les réserves de changes se gonflent massivement du fait de leurs excédents commerciaux mais qui sont pour l’essentiel imprudemment placées dans les bons du Trésor (américains surtout), poseront la question de la réforme du Système monétaire international actuel qui ne bénéficie qu’aux Etats-Unis, lesquels vivent très au-dessus de leurs moyens en raison de leur avantage monétaire exorbitant via l’émission jusqu’ici illimitée de leurs bons du Trésor dans leur propre monnaie nationale.

C’est sans doute en prévision de cette épreuve de force inévitable que les BRIC accumulent d’importantes réserves d’or qui leur permettront un jour de faire face à la chute du dollar américain sans y perdre trop. Les investisseurs tant privés qu’institutionnels ont intérêt à en faire de même et à acheter l’or et l’argent métal, actuellement bon marché, via les multiples véhicules qui s’offrent à eux (physique, ETF, contrats à terme et options, fonds de placement, etc.).

Mais en évitant l’achat des actions des sociétés minières dont la rentabilité est en chute libre en raison de leur recours trop systématique au «hedging» (qui les empêche de bénéficier pleinement de la hausse des cours des métaux), de la forte augmentation des coûts d’extraction et de raffinage comme des impôts et taxes qui les frappent, sans compter l’insécurité sociale et politique qui s’aggrave dans les zones d’exploitation.

Les meilleurs analystes prévoyant, par ailleurs, une pénurie de métaux précieux à terme de quelques années par suite de l’assèchement de leur production, le risque de faillite de la plupart des sociétés minières ne fera que s’accroître avec le temps. C’est donc le métal lui-même et ses divers dérivés qu’il faut acheter et non pas les actions des sociétés qui le produisent, le même raisonnement valant pour le pétrole et les autres matières premières.