L’or plombe les comptes 2013 de la Banque nationale suisse

Comptes Ses 1040 tonnes d’or ont fait perdre 15 milliards de francs à la banque centrale. Aucun dividende ne sera versé

Pour le détail, il faudra attendre le 7 mars et la publication complète de ses résultats. Mais, comme elle en a pris l’habitude depuis plusieurs années, la Banque nationale suisse (BNS) a préféré ne laisser aucune place au doute, en publiant lundi ses résultats préliminaires. Ses actionnaires, soit les cantons et la Confédération, ne doivent pas s’attendre à un quelconque versement de dividende.

La BNS a annoncé que son portefeuille d’actifs a enregistré une perte de valeur en 2013 de 9 milliards de francs. Cette fois-ci, ce ne sont pas ses quelque 450 milliards de francs de devises étrangères qui ont plombé ses comptes. Ni le Stab­Fund, cette structure de défaisance dans laquelle avaient été parqués les actifs toxiques d’UBS en 2008. Ces derniers ont été nettoyés, recyclés et revendus à la grande banque en fin d’année dernière et ont rapporté 3 milliards à la BNS.

En fait, c’est son stock d’or qui a causé sa perte. Les 1040 tonnes qu’elle détient en Suisse et à l’étranger ont perdu environ 30% de leur valeur, l’an dernier (voir graphique). Résultat: une perte sèche de 15 milliards de francs. Alors qu’en 2011 et 2012, son or lui avait rapporté 6,8 milliards de francs.

Ce retour de bâton était à prévoir. A la fin du premier semestre 2013, les comptes de la BNS avaient déjà largement souffert de la dépréciation du métal jaune. Au 30 juin, la perte comptable y relative s’élevait à 13,2 milliards. La valeur de son stock avait déjà fondu de 26%.

Alors pourquoi ne pas avoir réagi, en voyant chuter les cours? Actuellement, et depuis plus d’une décennie, lorsqu’elle a commencé à se délester de la moitié de ses lingots, la BNS décide elle-même du poids et de la gestion (passive) de son stock d’or, nous rappelle-t-elle. Le métal jaune est une valeur comme les autres, destinée à favoriser la diversification des actifs, soulignait aussi son président, Thomas Jordan, durant l’assemblée générale d’avril 2013.

La BNS ne prévoit aucune opération d’achat ou de vente à court terme. Mais l’initiative de l’UDC, intitulée «Il faut sauver l’or de la Suisse» voudrait qu’au moins 20% de ses actifs soient constitués d’or (contre moins de 10% actuellement). Pour Thomas Jordan, cette contrainte empêcherait la BNS de mener une politique monétaire adéquate, car son bilan serait figé. Le sauvetage d’UBS ou la fixation du taux plancher auraient été «quasiment impossibles», disait-il au printemps dernier. En novembre, le Conseil fédéral a recommandé au peuple et aux cantons de rejeter cette initiative.

3 milliards de gain sur les monnaies

A fin décembre, a aussi précisé la BNS hier, les monnaies étrangères accumulées pour défendre le taux de 1,20 franc pour 1 euro ont permis de limiter les dégâts, avec une plus-value de 3 milliards. Insuffisant, toutefois, pour l’autoriser à rémunérer ses actionnaires.

Par le biais d’une convention signée en 2011, les cantons et la Confédération sont censés se partager 1 milliard de francs par an (lire ci-dessous). Ce, à condition que la réserve pour distribution soit positive. Avant cette date, le précédent contrat prévoyait un versement automatique de 2,5 milliards de francs. Mais fin 2010, la BNS, sous le coup d’achats massifs de devises étrangères pour tenter de contrer l’envolée du franc suisse, avait perdu 29 milliards de francs, provoquant l’ire et l’incrédulité du public et du politique. Neuf mois plus tard, elle décidait d’une ligne de défense plus organisée, en instaurant le taux plancher, toujours en vigueur aujourd’hui.