L’Oréal a confirmé jeudi en fin de journée le départ de son emblématique président Lindsay Owen-Jones, remplacé par son «dauphin» Jean-Paul Agon, qui deviendra le 17 mars le cinquième patron à double casquette de l’histoire du groupe numéro un mondial des cosmétiques.

Le titre L’Oréal était en nette baisse ce matin sur le marché parisien, cédant 5,25% à 84,72 euros, au lendemain de résultats annuels satisfaisants, mais affecté par une dégradation de la recommandation d’UBS.

Jeudi soir, le groupe a également mis fin aux spéculations entourant l’avenir de la présence de Liliane Bettencourt à son conseil d’administration en annonçant qu’il allait proposer à ses actionnaires de renouveler son mandat, qui arrivait à échéance en 2011.

Des interrogations étaient nées sur un possible passage de témoin entre générations chez les Bettencourt lors du règlement du conflit familial entre Liliane Bettencourt et sa fille Françoise, qui avait abouti à l’entrée des enfants de Françoise au conseil d’administration de la holding familiale.

Limite d’âge

«Sir Lindsay Owen-Jones a fait part […] de sa volonté d’achever le transfert de responsabilités à son successeur avant l’âge de 65 ans, à savoir le 17 mars 2011, comme prévu dès l’origine et annoncé à l’assemblée générale des actionnaires en 2005», a déclaré L’Oréal dans un communiqué.

«Le conseil d’administration en a pris acte et a considéré que l’environnement était effectivement à nouveau propice pour réunifier les fonctions de président du conseil d’administration et de directeur général», poursuit le numéro un mondial des cosmétiques.

«Sur proposition du comité des nominations et de la gouvernance, le conseil d’administration a voté à l’unanimité, et avec acclamations, la nomination de Jean-Paul Agon en tant que président-directeur général de L’Oréal», conclut-il. Ce changement sera effectif le 17 mars prochain.

Autoritaire et insatiable

«C’est pour moi une immense fierté. Je mesure l’honneur qui m’est fait et la responsabilité qui m’incombe», a commenté Jean-Paul Agon, cité dans un communiqué. Succéder à l’emblématique Lindsay Owen-Jones, qui a incarné L’Oréal pendant plus de vingt ans, n’a en effet rien d’une sinécure. Le Britannique, perfectionniste, bourreau de travail, mais aussi autoritaire et insatiable, était entré chez le géant français de la cosmétique en 1969.

Dans le milieu des affaires, il restera le patron capable de réaliser pendant plus de 20 années consécutives une croissance à deux chiffres du bénéfice net du groupe, numéro un mondial de la cosmétique. Président-directeur général du groupe de 1988 à 2006, il en était depuis cette date le président du conseil d’administration, après en avoir cédé les rênes opérationnelles à Jean-Paul Agon, 54 ans, lui aussi un pur «l’Oréalien».

Lindsay Owen-Jones conservera un mandat d’administrateur et deviendra président d’honneur du groupe. La fin de son règne restera toutefois ternie par la révélation, au détour de l’affaire Bettencourt, d’un don de 100 millions d’euros reçu de Liliane dont il était proche, et celle des contrats controversés passés entre L’Oréal et le photographe François-Marie Banier, autre proche de l’héritière du groupe.

Bénéfice net en hausse de 25%

Après une année 2009 difficile, au cours de laquelle L’Oréal avait été ballotté par la crise économique, et une année 2010 empoisonnée par l’affaire Bettencourt, Jean-Paul Agon hérite aujourd’hui d’un contexte apaisé pour faire ses premiers pas de président-directeur général.

Le conflit familial est soldé. Et il pourra également s’appuyer sur le net rebond enregistré par le groupe en 2010, avec un bénéfice net qui a gagné 25% sur un an, à 2,24 milliards d’euros, et un chiffre d’affaires record de 19,5 milliards, en hausse de 11,6%. A charge pour Jean-Paul Agon d’atteindre désormais l’objectif qu’il martèle depuis des mois: conquérir un milliard de nouveaux consommateurs dans les dix ans.