«Je ne dis pas que les fonctionnaires gagnent trop d'argent ni qu'ils ne font rien. Je dis que les services publics sont organisés d'une façon tellement catastrophique, qu'ils paralysent le fonctionnement de la société.» Le ton est donné, et par un connaisseur. François de Closets a été, pendant une année, mandaté par le gouvernement pour réfléchir à ces problèmes et préparer la réforme de l'Etat. «J'ai prêché avec moins de résultats que je ne l'espérais», concède-t-il, conscient que le service public est une immense machine difficile à maîtriser. Et de citer les multiples cas où les fonctionnaires ne sont que les instruments d'un système pervers. Exemple: «Alors que les impôts vont au trésor public qui les redistribue, la redevance pour la télévision est encore prélevée séparément, une habitude datant des débuts de l'audiovisuel. Trente ans plus tard, ce service public coûte 500millions de francs français par an, et ennuie autant les consommateurs que les vendeurs de téléviseurs. Il emploie 1500 personnes, que l'on devrait plutôt payer pour aller pêcher. Le service public fonctionnerait beaucoup mieux et la société s'en porterait mieux si on changeait les règles du jeu.» Pour François de Closets, cela signifie continuer d'assurer la sécurité de l'emploi pour les fonctionnaires, mais à certaines conditions. «Cette sécurité est un élément paralysant, alors qu'elle devrait permettre une souplesse, un remaniement dans les services, des employés mobiles.» Il veut un service public plus utile au citoyen, avec des fonctionnaires mieux considérés, à qui l'on proposerait un travail plus intelligent en les responsabilisant. «Un peu comme dans le privé, mais avec des critères totalement différents. Là, on ne parle plus de rentabilité, mais d'une efficacité au service d'un pays. Je ne vois pas pourquoi le fait d'être fonctionnaire dispenserait de devoir être le plus efficace possible.» Le secteur public en prend pour son grade. Les syndicats aussi. «La grève, juge-t-il, est un moyen de revendication pervers. Il serait temps que les syndicats réfléchissent à d'autres moyens qui permettraient aux grévistes d'exprimer leurs revendications, sans pour autant pénaliser les usagers qui sont parfois moins bien lotis qu'eux.»