La libre circulation est essentielle pour le marché du travail suisse. La crise du coronavirus l’a notamment démontré pour le secteur de la santé, selon un rapport du Seco.

Sans accord sur la libre circulation, environ 34 000 frontaliers, employés dans le système de santé, n’auraient pas pu entrer en Suisse. «Leur disponibilité a permis de répondre aux besoins urgents de personnel soignant dans les hôpitaux», a pointé vendredi Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch, directrice du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), lors de la présentation du 17e rapport de l’Observatoire sur la libre circulation des personnes.

Les accords avec l’Union européenne (UE) ont également garanti l’approvisionnement en dispositifs médicaux durant la crise du coronavirus, a-t-elle poursuivi. Et l’étroite collaboration avec Bruxelles a permis d’intégrer rapidement le dispositif de crise européen. «Les relations avec l’UE sont capitales pour la Suisse et indispensables à notre économie interconnectée.»

Recrutement complémentaire

La libre circulation est tout particulièrement importante pour les entreprises suisses, car elles peuvent ainsi accéder à la main-d’œuvre nécessaire, mais non disponible en Suisse, a relevé Boris Zürcher, chef de la direction du travail du Seco.

Sur les quelque 540 000 employés du secteur de la santé, 22% étaient des ressortissants de l’UE et de l’Association européenne de libre-échange (AELE) en 2020. Ils étaient surtout représentés parmi les spécialistes hautement qualifiés.

Environ un tiers des généralistes et des médecins spécialistes étaient issus de ces Etats. Tout comme un quart des physiothérapeutes, des dentistes et des pharmaciens. Les citoyens de l’UE et de l’AELE étaient en revanche moins bien représentés chez les infirmiers ou les assistants pharmaciens et en médecine dentaire.

La demande de travailleurs dans ces secteurs semble y être satisfaite grâce aux efforts mis en œuvre dans la formation au plan suisse, a noté Boris Zürcher. «Le recrutement à l’étranger est donc complémentaire et adapté aux besoins.»

Régions frontalières dynamisées

Même l’emploi frontalier est particulièrement important pour le marché du travail. Au cours des dix dernières années, il a fortement contribué à dynamiser les régions frontalières, qui affichent une croissance de l’emploi supérieure à celle des régions plus centrales. Et le chômage a généralement eu tendance à diminuer.

Notre interview de l’ambassadeur de l’UE à Berne Petros Mavromichalis: «Sans accord avec l’Union européenne, la voie bilatérale va péricliter»

Des différences salariales entre frontaliers et population résidente ont cependant été décelées. Ces écarts représentent par exemple entre 5% et 12% au Tessin et entre 4% et 6% dans l’Arc jurassien. Ils sont plus élevés chez les actifs au bénéfice d’une formation de degré tertiaire que chez les autres actifs.

Les écarts salariaux peuvent être expliqués par des comportements discriminatoires des employeurs, mais également par d’autres facteurs, comme un savoir-faire technique spécifique à l’employé ou la durée de son séjour, a expliqué Boris Zürcher. Pour les frontaliers à bas salaires, il n’existe en outre aucune preuve d’une éventuelle sous-enchère salariale.

Baisse de l’immigration

Globalement, la migration a été particulièrement impactée par la crise en 2020. L’immigration nette en provenance des Etats tiers a reculé d’un bon cinquième, à 17 400 personnes, en raison notamment des restrictions de déplacement et de la baisse du trafic aérien. C’est le chiffre le plus bas enregistré depuis les années 1990.

Le solde migratoire des ressortissants de l’UE et l’AELE a lui légèrement baissé par rapport à l’année précédente pour s’inscrire à 29 000 personnes. Il cache toutefois des mouvements opposés. Le solde des résidents de courte durée a sensiblement reculé, alors que celui des résidents de longue durée a augmenté.

Une opinion: Les vraies motivations de ceux qui veulent limiter la libre circulation

Quelques explications sont esquissées. L’hôtellerie-restauration, qui emploie régulièrement des saisonniers, a été particulièrement touchée. L’immigration pour ce domaine a ainsi été fortement réduite.

Etrangers touchés par le chômage

Les travailleurs étrangers ont également été plus touchés par le chômage que les Suisses. Le taux de chômage des ressortissants d’Etat tiers a augmenté de 2,1%, et celui des citoyens de l’UE et AELE de 1,8%. Les Suisses s’en sont beaucoup mieux sortis avec une hausse de 0,8%, soit moins de la moitié.

Boris Zürcher explique ces différences par les emplois occupés. Les étrangers sont souvent actifs dans les domaines particulièrement impactés par les mesures de lutte contre la pandémie, comme le commerce de détails non alimentaire ou l’hôtellerie-restauration.

La population indigène travaille, elle, plus dans les secteurs proches de l’Etat. L’éducation, la santé ou l’administration publique ont mieux résisté à la crise. De plus, il est souvent possible de poursuivre son activité en télétravail.

Avec le redressement économique, la demande de travailleurs étrangers devrait toutefois augmenter, a-t-il précisé. Une nouvelle hausse de l’immigration est attendue dans le courant de 2021.

Sur nos blogs: Politique migratoire de la Suisse: libre circulation des personnes