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Le patron de Waymo, John Krafcik, arrive à la cour de San Francisco pour le premier jour de procès, lundi 5 février 2018.
© STEPHEN LAM/AFP

Voitures autonomes

Lors du premier jour de procès, Waymo a accusé Uber de triche

Le procès entre Waymo, filiale de Google, et Uber a commencé lundi. Le premier accuse le second de lui avoir volé des technologies dans le domaine des voitures autonomes

«Guerre», «triche», «complot»… Les hostilités ont démarré fort le lundi 5 février dans le procès opposant Uber à Waymo, la filiale de Google qui le poursuit pour vol de technologies dans le domaine des voitures autonomes, vues comme le graal des transports. L’ancien patron d’Uber, le sulfureux Travis Kalanick, a même été mis en cause directement dès les premières minutes de l’audience par les avocats de Waymo. Absent lundi, il pourrait témoigner plus tard dans le procès, qui doit durer de deux à trois semaines.

Lire aussi: La voie est libre pour un procès entre Waymo et Uber

Travis Kalanick a «décidé d’investir énormément dans la conduite autonome» et, en 2015, «a décidé que gagner était plus important que la loi […] quoi qu’il en coûte», a déclaré Charles Verhoeven, l’un des avocats de Waymo, qui réclame entre 1 et 2 milliards de dollars à Uber, devant un tribunal fédéral de San Francisco. «Il a pris la décision et cette décision était de tricher», a-t-il insisté, extraits d’e-mails et de SMS à l’appui. Selon lui, Uber s’est rendu compte qu’il était «incapable de rattraper» son retard dans la conduite autonome alors que Waymo a commencé à travailler dans le domaine en 2009. «Nous croyons en la concurrence loyale» et «une partie de nos technologies nous a été enlevée», a témoigné John Krafcik, le patron de Waymo.

Connu pour son tempérament impétueux et des méthodes peu orthodoxes, Travis Kalanick – qui a cofondé Uber – a été poussé à la démission en juin 2017. Uber tente depuis plusieurs mois de se défaire d’une réputation largement écornée par les scandales des années Kalanick. A tel point que le juge William Alsup a pris soin de préciser par écrit aux jurés avant le procès qu’il ne s’agirait «pas de déterminer si Uber est une entreprise maléfique ou pas».

Course effrénée à la voiture autonome

Pendant près de six heures lundi, les deux groupes se sont accusés mutuellement d’avoir voulu nuire à l’autre, vu comme une menace dans la course effrénée à la voiture sans conducteur. L’enjeu est énorme pour les deux entreprises car la voiture autonome est considérée comme l’avenir des transports. Comme beaucoup d’autres, elles investissent énormément dans ces technologies et pour s’assurer les services des meilleurs ingénieurs de la Silicon Valley.

Waymo accuse l’un de ses anciens ingénieurs, Anthony Levandowski – qui n’est pas poursuivi dans ce procès mais dans une autre procédure –, d’avoir volé fin 2015 des milliers de documents confidentiels de son employeur portant sur des technologies de conduite autonome, avant de fonder sa propre start-up, Otto. Celle-ci a peu après été rachetée par Uber. La filiale de Google assure qu’Uber avait tout manigancé en amont pour mettre la main sur ces technologies «vitales» pour la société de location de voitures avec chauffeur (VTC), qui souhaitait gagner «la guerre» de la conduite autonome, selon des termes belliqueux de Travis Kalanick rapportés par un autre ex-dirigeant d’Uber et cités par l’avocat. Au point d’avoir envisagé à l’époque d’«indemniser» des employés arrivés chez Uber en cas de poursuites «de leurs anciens employeurs», toujours selon Me Verhoeven.

Uber se défend

«Il n’y a pas de complot ici», cela «n’a aucun sens», a balayé Bill Carmody, qui défend Uber et affirme que ces «prétendus secrets commerciaux» n’en étaient pas. Citant un e-mail interne de Google, ces documents avaient «si peu de valeur» qu’il avait été envisagé de les retirer de l’infrastructure informatique de Google, a-t-il dit. Selon lui, Google était «très inquiet» de la concurrence d’Uber depuis longtemps, inquiétudes renouvelées lors du rachat d’Otto en 2016 et après le départ de plusieurs ingénieurs du projet de voiture autonome du géant d’Internet.

Et quand Anthony Levandowski a quitté à son tour Google, l’un des dirigeants du groupe, «Larry [Page] a craint qu’il ne se lance dans quelque chose qui fasse concurrence», a ajouté le conseil, citant un e-mail interne du géant technologique. Google avait même «songé à empêcher le rachat» d’Otto, et ce alors que Google «n’avait pas la moindre idée du fait qu’Anthony Levandowski avait téléchargé le moindre fichier», a aussi affirmé Me Carmody. Waymo, qui est une filiale d’Alphabet, maison mère de Google, va devoir prouver pendant les débats qu’il s’agissait bien de secrets commerciaux, qu’Uber les a récupérés indûment, les a utilisés et en a tiré profit.

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