Londres donne l’image d’une place financière tout ce qu’il y a de plus propre. Il suffit de se pencher un peu plus près pour réaliser que les choses ne sont pas aussi lisses. Trusts, liens privilégiés avec des centres financiers moins regardants sur l’origine des fonds, la City a ses propres moyens de contourner les règles.

Pour la Grande-Bretagne, le secret bancaire est totalement inutile. Et pour la Suisse? Il deviendra finalement un «sujet purement technique», affirme Christophe de Backer, dans sa première interview en tant que directeur général de la Banque Privée Edmond de Rothschild. Tout comme Rubik ou l’échange automatique d’informations.

Comment faire? Montrer que la Suisse est une place compétitive dans la banque privée et la gestion d’actifs. En attendant, la tendance s’affirme: comme nombre de banques, l’établissement genevois prévient que plus aucun client cherchant à éviter le fisc de son pays ne franchira la porte de son établissement. A moins d’être poliment éconduit.

Depuis la fameuse brèche dans le secret bancaire, en mars 2009, la Suisse, ses banques, ses autorités et ses lobbys financiers n’ont pas économisé d’énergie pour expliquer que l’attrait de la place financière ne résidait pas que dans son secret bancaire, mais bien plus dans son expertise, sa stabilité.

Et pourtant, au vu des réactions à la stratégie dite de l’argent blanc du Conseil fédéral, on peut douter que tout soit si simple. L’idée que le Conseil fédéral cède trop facilement et sur trop de points se répand aussi et alimente le mécontentement d’une partie de la population.

L’attitude de Londres peut donner envie de défendre un statu quo, qui, jusque-là, a bien réussi aux banques et à la Suisse en général. Ce d’autant que même Rubik, qui semblait un compromis acceptable entre le respect de la sphère privée – cher à la Suisse – et le colmatage des comptes publics – nécessaire en Europe –, flanche, attaqué du côté allemand comme du côté suisse.

Berne, pourtant, n’a pas les mêmes moyens que l’ex-Empire britannique pour défendre son point de vue. La Suisse a tout à gagner à renforcer ses atouts, qui ne sont pas discutables d’un point de vue éthique.

«Le secret bancaire nous rend gros, mais impotents», disait déjà en 2004 Hans Baer, ancien responsable de la banque Julius Baer. On préférerait voir à l’œuvre ces fameuses qualités des banquiers suisses en matière de gestion et de performances, qui nous feront oublier le secret bancaire.