Après vingt mois passés à la tête du Département de l'économie, de l'emploi et des affaires extérieures, et juste après le lâchage de Genève par BAT, Carlo Lamprecht fait le point sur son action.

Le Temps: Dans l'affaire BAT, vous avez été le seul conseiller d'Etat genevois à refuser le pacte de non-concurrence fiscale entre les cantons de Genève, de Vaud et du Jura. Pensez-vous que cet accord a fait échouer la candidature de Genève?

Carlo Lamprecht: Il faut tourner la page. Je ne suis pas pour toutes les initiatives qui favorisent la concertation. Jusqu'ici, il n'y a pas eu de situation où des cantons se sont retrouvés si dramatiquement en concurrence. Le pacte, j'étais d'accord sur le principe, mais pas sur son contenu que je n'ai pas approuvé. A mon sens, il faut l'équité et chacun doit disposer des mêmes avantages. Nous avons demandé de bénéficier de l'arrêté Bonny par deux fois, sans succès. A partir de là, nous devons bien accorder des avantages aux entreprises pour les attirer.

– Les avantages fiscaux sont-ils votre seul moyen d'attirer les multinationales?

– Pas du tout. Mon rôle consiste à réunir les conditions-cadres pour rendre Genève attractive. Ces entreprises recherchent un environnement agréable, la possibilité de s'installer dans un lieu où elles seront visibles. Sans parler des possibilités de logements, de places d'écoles. Avec le renforcement de Procter & Gamble à Genève, de nombreux appartements et villas ont trouvé preneurs. On doit pratiquer des allégements fiscaux pour ne pas pâtir de la concurrence internationale et des autres cantons. Mais toutes les firmes n'en ont pas besoin. BAT est resté à Genève quatre-vingts ans sans jamais bénéficier d'allégements.

– Sur ce dossier et d'autres, vous avez rencontré l'opposition de votre collègue Micheline Calmy-Rey, responsable du Département des finances. Le travail du gouvernement devient-il plus difficile?

– Après l'échec du vote du 20 décembre 1998, la pression des partis politiques a déchiré la cohésion du Conseil d'Etat. Nous devons toutefois rester unis. En tant que ministre de l'Economie, je suis administrateur de nombreuses organisations, comme l'aéroport notamment. D'un côté, je dois faire la part des choses entre les intérêts du gouvernement et ceux de telles infrastructures, vitales pour notre économie et dans lesquelles nous devons avoir notre mot à dire. De l'autre, je dois dire au gouvernement quand il fait fausse route. Je me suis dissocié de certains de mes collègues par exemple sur la nouvelle charge de 60 millions de francs que les députés ont choisi d'imposer à l'aéroport.

– Quelle est votre marge de manœuvre lorsque vous intervenez auprès d'entreprises locales en difficulté, comme Landis & Gyr Communications (LGC) et la SIP par exemple?

– Je dois mettre les gens en face de leurs responsabilités mais je ne peux rien imposer. Dans le cas de la SIP, j'ai initié un audit. Ce travail d'expert a permis de comprendre les difficultés de l'entreprise. Les deux parties en présence qui s'opposent depuis des mois ont reconnu la validité de l'étude. La Banque Amas comme l'industriel Michel Suchet peuvent faire couler l'entreprise par leur comportement intransigeant. Nous ne devons pas en arriver là. Chacun doit montrer les garanties qu'il a pour continuer l'activité. Partie difficile, mais j'ai bon espoir. Pour LGC, nous sommes parvenus à obtenir de l'ancienne direction la conservation du siège de la société à Genève. Quant à l'activité de production de l'entreprise, Jean Claude Vaudroz devrait bientôt aboutir dans sa recherche de financement.

– La promotion économique genevoise ne souffre-t-elle pas de l'abondance de structures qui en rendent l'accès difficile, voire en réduisent l'efficacité?

– Dans le domaine du financement, chaque organisme a des spécificités. Ce qui permet de diversifier notre offre. La mise en place d'un guichet unique permet d'orienter la demande. Depuis le mois d'octobre, il a été sollicité 290 fois. A partir du guichet, nous organisons une réunion mensuelle entre tous, y compris la Fondetec de la Ville de Genève, pour faire le point. Il reste une zone à éclaircir entre les prestations assurées par la LAPMI et Start PME. Il faudra aussi être plus sélectif et mieux suivre les entreprises aidées. Nous y travaillons. Dans le domaine des organismes, on peut se demander si la mission de l'Office pour la promotion de l'industrie (OPI) répond aux besoins des industriels. J'attends plus de propositions de leur part. Cette vitrine des activités secondaires du canton pourrait être plus efficace dans une version virtuelle à travers une adresse Internet consultable depuis le monde entier. Nous réfléchissons au développement d'une plate-forme à partir de laquelle on pourrait entrer en contact avec toutes les entités de l'économie genevoise. Enfin, nous organiserons prochainement une nouvelle journée de la promotion économique orientée vers les PME-PMI où nous dresserons un bilan de nos différents outils.

– Pensez-vous obtenir du Grand Conseil à la rentrée les crédits suffisants pour boucler le financement de la Halle 6 de Palexpo?

– Oui. Cette extension peut nous permettre de développer le Salon de l'auto, d'accueillir de nouvelles manifestations d'ampleur et, peut-être, de fidéliser Telecom. Je dis bien «peut-être», car le fait de ne pas appartenir à l'Union européenne nous pénalise. Les Européens sont solidaires: quand il faut mouiller sa chemise au Kosovo comme lorsqu'il faut choisir une ville pour les Jeux olympiques. Les bilatérales ne suffisent pas, je suis clairement pour l'adhésion la plus rapide possible de la Suisse à l'UE. Pour la Halle 6, nous avons obtenu 77 millions de francs de financement privés via la taxe de séjour sur l'hôtellerie, Orgexpo, les constructeurs auto, la Fipoi et une autre personne qui a mis à elle seule 5 millions. Avec la moitié du financement couvert par des fonds privés, nous irons sereins devant le Grand Conseil. Une déception toutefois: les 10 millions qui nous ont été refusés par la Ville de Genève. Pour la deuxième tranche du projet, qui comprend la construction d'un centre de conférence, nous pouvons espérer une aide de Berne.