Terrasse gorgée de soleil, planche de surf et vélo dans l’entrée, côtoient un open space coloré et une cuisine pleine à craquer. À 350 mètres de Venice Beach, niché dans une allée de palmiers se cachent les bureaux de l’investisseur CrossCut et de la nouvelle start-up Little Labs.

Bienvenue dans la Silicon Beach. Il y a 15 ans, la technologie ne faisait pas partie des sujets de concurrence avec San Francisco. Aujourd’hui la partie ouest de Los Angeles devient peu à peu un sérieux concurrent de la Silicon Valley.

«Le phénomène Silicon Beach a démarré timidement dans les années 2000 avant de s’accélérer à partir de 2009. Aujourd’hui, c’est le troisième écosystème entrepreneurial tech mondial, derrière la Silicon Valley, mais aussi New York», explique Jean Christophe Bornaghi, vice-président des opérations chez Scopely, une start-up spécialisée dans la production de jeux vidéo. Actuellement, quelque 1100 start-up sont déjà implantées sur la baie de Los Angeles, dans un périmètre d’environ 100 km2. Le phénomène dépasse même la Silicon Beach au sens propre. Beverly Hills, Culver City et Dowtown attirent de plus en plus d’entrepreneurs.

Un nid d’entrepreneurs et des loyers abordables

Jean-Christophe Bornaghi explique le phénomène: «Los Angeles est un carrefour d’innovation et de créativité. Notamment en matière de musique et de cinéma. Les talents foisonnent». Ariel Vardi est directeur de Little Labs, une start-up spécialisée dans les applications pour montres connectées et dont le plus gros succès, «Facer», a fait le tour du monde. Il souligne que «la proximité de l’Université de Californie du Sud et l’Université de Californie à Los Angeles y est pour beaucoup.» Plus de 11 000 ingénieurs sortent diplômés, chaque année, des écoles et universités de Californie.

Sans parler de la qualité de vie apportée par la météo, le coût de la vie est bien plus bas que chez sa voisine. À San Francisco, le prix au mètre carré atteint des sommets. Une jeune start-up devra débourser en moyenne 1800 dollars (environ 1860 francs) pour un 20m² dans le centre de Los Angeles, contre 3355 dollars dans la Silicon Valley. La proximité de Hollywood ne gâche rien. «Cela aide beaucoup à se faire des relations avec les studios et les grandes marques», selon Ariel Vardi.

Autre atout non négligeable: La densité de groupes innovants qui y ont construit leur réussite. Whisper, Snapchat, Dollar Shave Club, ces succès qui sont nés entre Venice et Santa Monica, attirent les investisseurs du monde entier. Après un bâtiment signé Frank Gehry à Venice, même Google s’est offert d’autres bureaux à Playa Vista, abritant plus de 3500 employés.

Les investisseurs misent gros

À l’image de Scopely, qui a réussi à lever plus de 8,5 millions de dollars, les start-up de Los Angeles parviennent à trouver des financements. «Si vous avez l’équipe et le projet, trouver de l’argent est extrêmement facile. Little Labs a réuni plus de 500 000 dollars avec les investisseurs», explique Ariel Vardi. Plus de 3,5 milliards de dollars récoltés en 2015, soit 7 fois plus qu’en 2010 selon une enquête de la National Venture Capital Association. Un montant qu’elles doivent aussi aux accélérateurs et incubateurs qui aident les start-up à développer un maximum de leur potentiel.

Les incubateurs fournissent des bureaux, un renfort de compétences ou de visibilité. Les accélérateurs s’occupent davantage des aspects business comme la recherche d’investissements à travers les «venture capital». La Silicon Beach compte aujourd’hui 44 incubateurs et 30 accélérateurs. Disney, MuckerLab, Crosscut Ventures et Amplify font partie des plus connus et des plus engagés.

Des facteurs de réussite

Mais recevoir le coup de pouce d’un accélérateur ne suffit pas toujours à atteindre le «Silicon Beach Dream». «Un grand nombre d’entreprises a fermé ces dernières années», avoue Ariel Vardi, qui a vu ses deux premières start-up couler. «Il ne suffit pas d’avoir une bonne idée ou un produit génial. Les investisseurs regardent d’abord la solidité de votre équipe et vos compétences techniques.» Pour Jean-Christophe Bornaghi, «Le succès, c’est 50% la réalisation et 50% les relations. Il ne s’agit pas de sauter sur la première offre de financement.»

Quant à savoir si la Silicon Beach est en passe de supplanter sa grande sœur, la question ne se pose pas encore: «Je pense que ce n’est pas le but. Les domaines ne sont pas les mêmes et ça prendrait des années si c’était le cas», poursuit le responsable. Selon le «Wall Street Journal», à l’heure où la Silicon Beach récolte 3,5 milliards de dollars de financements sur une année, la Silicon Valley en est à 20 milliards de plus.