Céramique Laufon a risqué gros. L'entreprise a failli sombrer à cause de ses engagements au Brésil. L'automne dernier, le groupe bâlois a dû constituer des provisions et des ajustements de valeur pour un montant de 200 millions de francs. La crise, qui a secoué l'Amérique du Sud l'an dernier, n'a joué qu'un rôle mineur dans cette contre-performance dont la responsabilité incombe à l'ancienne équipe dirigeante de Céramique Laufon au Brésil. Après avoir licencié le directeur de la filiale brésilienne, le groupe bâlois a découvert des cadavres dans les placards. «Toute une série de choses ne jouaient pas. Nous avons trouvé des dettes fiscales inattendues, des risques liés à des cas de droit et des contrats à résilier. Manifestement, on nous avait fourni des explications fumeuses», a affirmé Thomas Gasser, président du conseil d'administration du groupe. Les principales difficultés proviennent de Célite, l'une des fabriques de matériel sanitaire rachetées par Céramique Laufon. Mais des surévaluations d'actifs dans les usines de production de carrelages ont également contraint le groupe à procéder à des amortissements exceptionnels. «Nous avons commandé un rapport indépendant qui sera publié dans quelques jours, mais je peux vous dire que les problèmes sont identifiés et quantifiés», a déclaré Thomas Gasser. A part ces difficultés inattendues, les entreprises brésiliennes n'ont pas connu de problèmes opérationnels. Restructurées, elles devraient désormais profiter de la dévaluation de la monnaie brésilienne pour augmenter de manière sensible les exportations.

Les pertes subies au Brésil ont toutefois laissé des traces dans les résultats de l'an dernier. Ainsi, Céramique Laufon enregistre une perte de 147 millions de francs. Une contre-performance atténuée par les désinvestissements qui ont rapporté 99 millions de francs. Durant l'exercice écoulé, le groupe a en effet poursuivi son recentrage sur ses activités de bases: la céramique sanitaire (57%) et les carrelages (43%). Une stratégie qui a permis, par la même occasion, de réduire l'endettement de 615 à 233 millions de francs. Le capital d'exploitation est lui aussi en baisse, il passe de 999 millions à 515 millions de francs. La diminution du chiffre d'affaires en Europe de l'Est et la réduction des marges en Amérique du Sud ont pesé sur le résultat opérationnel qui atteint 40 millions de francs contre 49 millions un an auparavant. Pour l'exercice en cours, celui-ci devrait progresser de 50%, ce qui permettrait à Céramique Laufon de retrouver les chiffres noirs. Pour y parvenir, le groupe va supprimer 300 à 400 emplois, dont une quinzaine en Suisse. En été, la société n'emploiera plus que 7400 personnes, dont 300 en Suisse.

Fusion imminente

Céramique Laufon n'attendra pourtant pas la fin des restructurations pour chercher un partenaire. «Nous menons actuellement des discussions et dans quelques mois, nous annoncerons quelque chose de concret», a déclaré le patron de Céramique Laufon, Ueli Roost. La famille Gerster, qui détient 40% du capital et la majorité des voix, soutient cette stratégie. «Elle estime préférable de disposer de la minorité des voix dans un grand groupe, plutôt que de la majorité dans un petit», a relevé Thomas Gasser. En février dernier, le Financial Times affirmait que Céramique Laufon et le finlandais Sanitec s'étaient mis d'accord pour examiner la possibilité d'une fusion. Urs Diethelm, analyste à la Banque Vontobel, estime que «Sanitec, qui réalise 84% de son chiffre d'affaires en Europe, serait un partenaire idéal». Pour l'analyste, d'autres partenaires sont également envisageables, mais Céramique Laufon n'a pas intérêt à tergiverser car la branche est en pleine consolidation. Les bonnes affaires pourraient lui passer sous le nez.