Leontine Thorrington travaille depuis 25 ans dans les casinos. Elle a sillonné le monde, connaît toutes les ficelles du jeu et s'est - provisoirement - arrêtée à Montreux pour enseigner le métier de croupier dans la toute nouvelle «Academy of Gaming», une «école» mise sur pied par le Casino de Montreux et la société britannique Seefar Associates. La première session de formation à la roulette et au black-jack, prévue sur huit semaines, a débuté lundi dernier avec quatre candidats masculins. Pourtant, «le métier n'est pas réservé aux hommes. Ici, les femmes pensent encore peu à se lancer, mais dans d'autres pays, les croupières sont nombreuses», lance Frédéric Pasteau, l'assistant du directeur du Casino de Montreux. Leontine Thorrington ne peut qu'abonder dans son sens. Pour elle, ce job est aussi bien destiné aux femmes qu'aux hommes.

Pour réussir, c'est la personnalité et le sens des relations qui comptent. «Il vaut mieux être jeune pour démarrer, avoir le contact facile, être habile manuellement et en calcul mental. Posséder aussi un casier judiciaire vierge», souligne Frédéric Pasteau. «Car les casinos ne ressemblent pas à ce que l'on voit au cinéma. Tout y est strictement contrôlé», ajoute Leontine Thorrington. Pour être croupier, mieux vaut enfin supporter les horaires irréguliers, ce qui explique que pas mal de candidats viennent des métiers de service, de l'hôtellerie ou de la restauration.

En Suisse, le développement des casinos - dès que le Conseil fédéral aura accordé les concessions en automne prochain - ouvre de nouvelles possibilités d'emploi. Ainsi, s'il obtient une concession A, le Casino de Montreux passera de 80 collaborateurs actuellement à environ 200, dont la moitié dans les salles de jeu.

Du côté de la concurrence, à la Romande des jeux par exemple, les effectifs prendront aussi leur envol: si elle obtient les cinq concessions demandées (pour un casino A à Lausanne et 4 casinos B à La Chaux-de-Fonds, Fribourg, Sion et Yverdon), 360 personnes travailleront dans le secteur des jeux et autant dans la restauration et les services, estime Patrice Guenat, le directeur de la Romande des jeux. Dernier exemple, alémanique cette fois: Swiss Casinos, qui a déposé douze projets de concessions, estime qu'elle aura besoin de plus de 1000 personnes, tous métiers confondus.

Avant même l'octroi des concessions, la formation s'organise. A Montreux, le casino ne peut pas, pour l'instant, garantir d'emploi aux futurs diplômés. «L'idéal, pour ceux qui rêvent de devenir croupier, est donc de suivre les cours, puis de partir pendant quelque temps pratiquer le métier à l'étranger, soit dans des casinos à terre, soit sur des bateaux de croisière, puis de revenir en Suisse avec une expérience au moment où les maisons de jeux ouvriront leurs portes», estime Frédéric Pasteau. Cela tombe bien: Seefar Associates, en plus de former les croupiers, fonctionne aussi comme agence de placement. Ainsi, avant de travailler en Suisse, les jeunes croupiers pourront aller exercer leurs nouveaux talents à l'étranger.

En Suisse alémanique, quelques formations existent déjà et une nouvelle école couvrant tous les métiers liés aux maisons de jeux, nommée SC Academy, vient d'ouvrir ses portes à Zurich. Elle formera notamment des croupiers dès l'été prochain. Derrière cette académie, on trouve Swiss Casinos, ainsi que l'Association suisse des maisons de jeu. Pour donner ses lettres de noblesse et d'emblée une bonne réputation à la formation de croupier, celle-ci a déposé un projet visant à faire reconnaître un règlement d'examen auprès de l'Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie.

Si le projet est approuvé par le Département fédéral de l'économie, les croupiers réussissant leur examen professionnel seront titulaires d'un brevet fédéral. Huit branches seront soumises à un examen: de la pratique aux connaissances de droit - notamment sur le blanchiment d'argent sale -, à la sécurité, en passant par les langues et la psychologie (dépendance au jeu, par exemple).

Tout le monde ne mise pas sur les écoles. La formule de la formation interne a également ses partisans, comme la Romande des jeux. Mais les cours ne démarreront pas avant l'arrivée des concessions. Pour les métiers liés aux jeux, «nous formerons gratuitement le personnel dont nous avons besoin, explique Patrice Guenat. «Et pour dispenser les cours, nous achetons du savoir-faire auprès de professeurs hollandais.»

La formation interne: cela se pratique en fait souvent. C'est le cas par exemple du Casino d'Evian où un professionnel de la maison forme les futurs croupiers, à la fois sur les jeux proprement dits, mais aussi sur les questions de sécurité ou les relations à la clientèle, comme pour les métiers de service. «Chez nous, beaucoup de gens viennent de l'hôtellerie et de la restauration. Il y a un lien naturel entre ces professions et la salle de jeu», estime Jean-Philippe Bened, membre du comité de direction aux jeux de table. Lui-même, qui a fait toute sa carrière au Casino Evian, a suivi cette filiation, partant de la cuisine pour gravir les échelons jusqu'au comité de direction. Car dans ce métier, tout le monde le dit, rien ne remplace la pratique et l'expérience.