«La prise de contrôle de LTU fut la première erreur de Philippe Bruggisser», souffle-t-on sur la Bahnhofstrasse. De toutes les participations étrangères de SAirGroup, celle-ci est la moins discutée. La compagnie charter allemande, troisième transporteur dans son pays, était-elle un canard boiteux quand SAirGroup entra dans son capital à hauteur de 49,9% en décembre 1998? Cherchant à tisser sa toile d'araignée en Europe, SAirGroup vit alors LTU comme une chance unique de poser le pied sur le marché allemand. Le transporteur suisse s'imaginait rabattre des passagers de la Rhénanie-Westphalie, plus peuplée que la Suisse, vers Kloten.

Premiers chiffres rouges en 1998

Le prix de cette acquisition n'a jamais été publié. Seule certitude: LTU découvre les chiffres rouges pour la première fois… en 1998. Les exercices précédents s'étaient soldés par des bénéfices en dizaines de millions de marks. «SAirGroup connaissait nos difficultés», assure le porte-parole de LTU. Baisse des marges sous la pression de la concurrence, hausse du prix du kérosène et productivité affaiblie par une organisation déficiente de la flotte expliqueraient les piètres résultats des trois derniers exercices. Les dettes cumulées de LTU depuis 1998 dépasseraient 500 millions de marks. Ce seul trou d'air aurait coûté 360 millions de francs à SAirGroup. Ces chiffres ne sont toutefois pas confirmés. SAirGroup promet la transparence pour le 2 avril.

Des départs qui inquiètent le personnel

En attendant, à Düsseldorf on dit ne pas trop s'inquiéter des difficultés de SAir. La compagnie charter aurait des assurances que son propriétaire suisse ne cherche pas à se retirer. Un plan d'assainissement a été défini et sa mise en œuvre a été confirmée tout récemment par SAirGroup et les deux autres actionnaires, le distributeur Rewe (40%) et la société d'assurance CKA (10,1%), tous deux de Cologne. Le porte-parole de LTU éclate de rire quand on lui rapporte les rumeurs catastrophistes qui circulent en Suisse autour de SAirGroup: «Je ne peux pas croire qu'une compagnie nationale comme Swissair puisse disparaître d'un mois à l'autre.»

Les turbulences qui secouent LTU, avec la démission de deux directeurs? Sans rapport avec la débâcle de SAirGroup, assure-t-on à Düsseldorf. Début mars, le numéro un de LTU, Peter Frankhauser, a choisi de voler vers la concurrence. Une semaine plus tard, Peter Haslebacher, directeur de la compagnie d'aviation LTU, annonçait à son tour son départ.

Ces départs inquiètent le personnel. Les syndicats s'opposent au nouveau patron de LTU, Sten Daugaard, qui veut accélérer l'assainissement de la compagnie. Le plan prévoit le renouvellement complet de la flotte (28 avions, dont 80% en leasing) d'ici à 2003. La compagnie charter disposera alors du même nombre d'appareils, mais elle n'aura plus que des Airbus A320. L'unification des machines promet des économies chiffrées en centaines de millions de marks par année. Enfin 700 emplois seront supprimés d'ici à 2003, sans licenciement. La compagnie ne comptera plus que 1700 postes de travail. Les syndicats voudraient que Rewe, qui détient 100% du secteur touristique de LTU (les activités de voyagistes), s'engage davantage dans le groupe, jusqu'à reprendre à SAirGroup son contrôle. Contacté, Rewe n'a pas souhaité s'exprimer.