Gestion de fortune

L’UBP étend sa gamme de services dans la City

La banque privée rachète le cabinet ACPI, alors que le Londres post-Brexit pourrait se spécialiser dans la gestion de fortune. Au détriment de Genève

L’Union Bancaire Privée (UBP) rachète le gestionnaire de fortune londonien ACPI. La nouvelle avait été avancée jeudi matin par le Financial Times et confirmée plus tard dans la journée par la banque via un communiqué.

Le montant du rachat n’a pas été révélé. L’UBP évoque une transaction portant sur 2 milliards de livres d’actifs, soit quelque 2,7 milliards de francs. Les cabinets de gestion de fortune sont généralement valorisés à 1,5-2% de leur masse sous gestion, croit savoir le Financial Times, qui se base sur deux sources impliquées dans les négociations. Soit un prix de 30 à 40 millions de livres (entre 39 et 52 millions de francs).

Concurrence offshore pour Genève

Le cabinet installé dans le très chic West End et ses 70 employés devraient être fusionnés avec la division britannique de la banque genevoise, de taille similaire. Directeur d’UBP, Guy de Picciotto évoque une acquisition permettant d’«accroître notre empreinte sur ce marché clé» et d’«étoffer l’offre de services» déjà proposée à la clientèle britannique et basée à l’étranger.

Dirigé par un ancien de Goldman Sachs, ACPI possède une expertise reconnue dans la gestion de fortune. Côté londonien, on voit dans cette transaction le reflet d’une nervosité de la place genevoise vis-à-vis de la concurrence de la City pour la gestion offshore. «Après le Brexit, la Grande-Bretagne deviendra un plus grand centre dédié aux clients fortunés d’outre-mer», a déclaré au Financial Times une personne proche des discussions entre les deux parties.

La nouvelle est tombée le jour de l’annonce des résultats semestriels d’UBP. Par rapport à fin juin 2017, la banque enregistre un bénéfice en hausse de 5,3%, à 115,3 millions de francs. Grâce à un afflux net de capitaux de 2,7 milliards, les avoirs sous gestion s’élèvent à 128,4 milliards de francs.

L’UBP n’est d’ailleurs pas la seule à regarder de l’autre côté de la Manche. Les banques privées rivales Lombard Odier et Julius Baer y accélèrent aussi leurs investissements. L’établissement genevois développe ses affaires britanniques depuis des années et le zurichois a ouvert l’année dernière des filiales britanniques et engagé 30 nouveaux banquiers. UBS, Credit Suisse et Pictet ont également communiqué sur leurs ambitions en Grande-Bretagne.

La City reste la City

De bonnes nouvelles auxquelles veulent s’accrocher les responsables politiques britanniques. Selon un sondage sur les conséquences du Brexit réalisé en mars par Reuters sur 119 institutions financières, la City devrait perdre quelque 5000 emplois dans les années à venir, soit 1,5% de sa main-d’œuvre.

Lire aussi: La City perd lentement ses banquiers

L’ensemble du secteur, qui craint la perte de sa licence lui permettant de vendre ses produits financiers à travers l’UE, attend encore que débutent les négociations entre Londres et Bruxelles à propos des services financiers.

Même si beaucoup ont été prompts à railler l’affaiblissement de l’économie britannique après le Brexit, la City reste pour l’heure la deuxième place financière du monde. Vu son savoir-faire et sa force de frappe, une spécialisation dans la gestion de fortune en ferait une concurrente sérieuse pour la Suisse. Ce que ses banques semblent avoir bien compris.

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