«Notre métier reste la gestion de fortune…» En une phrase, le président du directoire de l'Union Bancaire Privée (UBP) à Genève, Guy de Picciotto, résume pourquoi les résultats de son groupe en 1998 trahissent à la fois sa réorientation et sa consolidation. Ils se concrétisent certes par un bénéfice brut en recul de 18% à 284 millions, par rapport à des produits totaux de 516 millions, mais aussi par un bénéfice net stable à 219,8 millions de francs. Avec des fonds propres de 1,4 milliard, soit un peu plus que 10% du total du bilan consolidé de 13,9 milliards de francs, le groupe est parmi les plus capitalisés de Suisse dans ce secteur. Ce qui serait un handicap dans un établissement ouvert à l'actionnariat extérieur, en raison de l'érosion que cela entraîne au niveau du rendement des fonds propres, peut devenir un avantage.

Accroissement considérable

En effet, la force financière intrinsèque permet à l'UBP d'investir dans la réorientation de ses activités. Les moyens mis à disposition de son département de gestion institutionnelle portent leurs fruits. Aujourd'hui, cette activité vieille d'un an et demi à peine a pu attirer 3 milliards de francs d'actifs de la clientèle. Elle a installé récemment une antenne sur les bords de la Seine. A ce rythme, l'objectif d'arriver à tripler au moins cette masse d'actifs institutionnels à moyen terme n'est pas irréaliste.

L'UBP a aussi pu financer son développement dans la gestion de fortune. Une petite érosion due à l'effet dollar a certes fait diminuer les actifs sous gestion de 47 à 45 milliards de francs. Mais cela masque l'accroissement réel de ses activités dans ce domaine. Le groupe a ainsi ouvert un bureau à Dubaï en octobre et sa filiale NordFinanz a fait de même à Stockholm. D'ici à juin, on ouvrira à Tel-Aviv, et Guy de Picciotto n'exclut pas que des alliances soient conclues avec des partenaires pour implanter des équipes locales en Europe du Sud. En fait, le dynamisme des activités de gestion de fortune s'est traduit par la hausse de 11,3% à 289 millions des commissions et des prestations de service. L'accent étant résolument mis sur le private banking, il est logique que le groupe réduise ses activités dans les opérations de négoce. Leurs produits ont diminué de 191 à 134 millions entre 1997 et 1998. Dans le même ordre d'idée, le groupe s'est aussi logiquement retiré (mais avec une perte amortie en une fois de 21,6 millions) de sa participation récente dans la Banco Excel Economico brésilienne. «Cet investissement stratégique n'avait de sens que si cet établissement voulait développer son activité de private banking», explique Guy de Picciotto. La crise économique du Brésil et le rachat de cette banque locale par la Banco Bilbao Vizcaya, qui ne voulait plus poursuivre cet objectif, ont entraîné le dégagement de l'UBP. Sans autre dommage que cette perte qui est facilement absorbée par le résultat.

Reste une question lancinante: que faire des fonds propres? Pour Guy de Picciotto, cette interrogation n'en est pas vraiment une. Certes, elle a une incidence immédiate en termes de rentabilité. D'autres banques de gestion, comme le groupe Julius Baer ou Vontobel, également surcapitalisées, ont pu récemment racheter une partie de leurs actions propres pour améliorer leur rendement. A l'UBP, ce serait absurde en raison de la structure familiale de l'actionnariat. L'alternative d'une augmentation raisonnable du dividende a aussi ses limites pour la même raison. C'est en effet la famille de Picciotto qui détient directement et indirectement la quasi-totalité du capital.

Du coup, l'épaisseur des fonds propres du groupe en fait une sorte de poire pour la soif. Selon Guy de Picciotto, ils peuvent bien sûr servir à financer plus facilement les opérations avec la clientèle. Notamment en soutenant l'activité de gestion de fortune par l'octroi de crédits lombards. Ces fonds propres peuvent aussi financer les investissements. Mais plutôt que de courir après des masses sous gestion qui seraient surpayées, l'accent est clairement mis sur la recherche d'alliances stratégiques. Ce sera sans doute ainsi le cas pour développer la vente des produits comme les fonds de placement. «Outre la création de notre propre société de distribution, nous cherchons donc des partenariats pour les distribuer en Suisse comme dans d'autres pays d'Europe», remarque Guy de Picciotto.