L'UBS prévoit de vendre une grande partie de son parc immobilier. 310 objets, sur les 500 qui appartiennent à l'établissement en Suisse, devraient changer de mains d'ici la fin de l'an 2000. «Nous souhaitons trouver un acheteur capable de reprendre l'ensemble du paquet proposé», souligne Cédric Dietschy, porte-parole de l'UBS. Un seul partenaire permettrait notamment une accélération des négociations. La banque veut louer par la suite une centaine d'immeubles sur les 310 mis en vente pour ses propres besoins. «Nous économiserons ainsi les frais de gestion», expliquait un responsable de l'institut hier.

Un parc impressionnant

L'UBS compte retirer 3 milliards de la transaction. Une somme rondelette qu'elle compte réinvestir dans ses activités de gestion. La liste des immeubles concernés n'a pas été rendue publique. Les objets sont répartis dans presque toute la Suisse (dans 23 cantons exactement) et dans la majorité des grandes villes. A l'instar d'autres groupes suisses en pleine mue (comme Oerlikon-Bührle, Zellweger-Luwa ou Feldschlösschen), la banque choisit de vendre une grande partie de ses immeubles pour se renforcer dans ses activités de base. Comme beaucoup d'établissements, l'UBS s'est retrouvée à la tête d'un impressionnant parc immobilier... sans l'avoir désiré. Bon nombre d'objets lui sont restés sur les bras après la crise immobilière.

De plus, à la suite de la fusion avec la SBS, la nouvelle UBS s'est retrouvée avec 170 immeubles qu'elle n'utilise pas dans le cadre de ses activités. Intershop en a déjà racheté 18 en décembre dernier pour un prix resté secret. Selon le quotidien Tages-Anzeiger, qui a révélé hier le plan de cession de l'UBS, Intershop pourrait être à nouveau preneur. Mais cette société, qui compte Martin Ebner parmi ses principaux actionnaires, n'a pas souhaité confirmer l'information. Dans son rapport annuel 1998 publié hier, Intershop fait état de l'amélioration des conditions économiques sur le marché suisse et de «la demande pour des surfaces commerciales qui grandit».

Les analystes ont réagi diversement à l'initiative de l'UBS. Pour Bernard Lambert, économiste à la banque Pictet & Cie, cette annonce risque de faire baisser les prix sur un marché de l'immobilier encore convalescent. Dans le secteur, les prix ont chuté de 30% entre 1990 et 1996. Cédric Dietschy se veut rassurant: «Nous n'avons aucune intention de casser les prix. Nous ne vendrons pas n'importe comment. Quant à la date butoir de la fin 2000 pour conclure la transaction, ce n'est qu'un objectif.»

Redémarrage de l'immobilier

Un porte-parole genevois de CB Richard Ellis, société immobilière américaine, relève une reprise du marché suisse. «Sur ces deux dernières années, les transactions ont plus que triplé mais le volume d'affaires reste plus bas qu'il y a cinq ans. Le marché est désormais assaini et les prix commencent à remonter.» Selon ce dernier, le marché bénéficie de l'adoucissement de la Lex Friedrich. Déjà trois grandes transactions ont été conclues dans ce cadre: deux à Zurich (100 et 130 millions de francs), une à Genève (77 millions). A chaque fois, ce sont des sociétés allemandes qui ont investi en Suisse.

«L'UBS reste consciente qu'il sera difficile de vendre ses immeubles. Mais on peut s'attendre à un redémarrage du secteur dans les prochaines années», note Marc Fjellbakk, de Darier Hentsch & Cie. Selon l'analyste, l'immobilier va profiter de flux d'investissements massifs en provenance des banques et des fonds de pension. «Ces institutions doivent garantir un rendement minimum de 4% à leurs clients. Avec un marché obligataire déprimé (n.d.l.r.: le taux Confédération se situe aux environs de 2,4%), elles vont diversifier leurs portefeuilles avec des actions, bien sûr, mais aussi de l'immobilier qui offre un rendement de 5% net environ.»

Pour Marc Fjellbakk, l'UBS adopte une stratégie cohérente: «La nouvelle équipe veut doubler ses fonds sous gestion pour atteindre la barre des 1200 milliards d'ici à 2002. Une telle croissance implique des acquisitions.» Les 3 milliards que devrait rapporter la vente d'immeubles viendront donc alimenter le trésor de guerre de l'UBS partie à la conquête de parts de marché.