Mondialisation

L'UE exhorte Pékin à passer de la parole aux actes

Le président chinois Xi Jinping a défendu le libre-échange et l’accès aux marchés la semaine dernière à Davos. Or la Chine poursuit une politique économique largement interventionniste et protectionniste

Faut-il prendre le président chinois Xi Jinping qui s’est présenté en héraut du libre-échange et d’une «mondialisation irréversible» la semaine dernière au Forum économique mondial de Davos, au sérieux?
Dans son discours prononcé devant les dirigeants politiques et économiques de la planète, il a fait un vibrant plaidoyer pour lever les obstacles au commerce et aux investissements. Il a même été chaudement applaudi dans un contexte où le nouveau président américain Donald Trump ne cesse de brandir le spectre du protectionnisme.

«Oui, répond Jean-Pierre Lehmann, professeur à l’IMD et expert en politique économique internationale. A long terme, la Chine a besoin du marché mondial tant pour accéder aux matières premières que pour écouler ses produits et services. Sa croissance et son bien-être dépendent de la mondialisation.»

«Un discours n’est qu’un discours»

Le discours de Xi Jinping n’a pas manqué d’interpeller l’Union européenne (UE). Son ambassadeur à Pékin, Hans Dietmar Schweisgut, veut prendre le président chinois au mot. Lors d’une conférence de presse mercredi, il l’a exhorté à passer de la parole aux actes. «Un discours n’est qu’un discours; nous réclamons des actions concrètes pour ouvrir le marché chinois aux entreprises étrangères», a-t-il dit.

En effet, les entreprises européennes se plaignent des conditions de plus en plus difficiles pour accéder au marché chinois. Jean-Pierre Lehmann évoque la bureaucratie ainsi que les obstacles non tarifaires qui protègent les entreprises chinoises de la concurrence. Mais c’est sur le plan des investissements que le bât blesse le plus. Dans un rapport publié fin 2016, la Chambre européenne du commerce en Chine déplore l’absence de la réciprocité.

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«Les capitaux chinois n’arrêtent pas d’acheter des entreprises en Europe, notaient les auteurs. Mais les Européens ne jouissent pas de la même ouverture en Chine.» Les règles sont en effet discriminatoires à l’égard des investisseurs étrangers; de nombreux secteurs leur sont fermés. L’UE et la Chine ont ouvert des négociations pour un accord bilatéral sur les investissements. Mais les travaux n’avancent pas. L’ambassadeur Hans Dietmar Schweisgut a également critiqué les récentes restrictions sur l’internet qui pénalisent les relations d’affaires.

L’écart entre le discours et la réalité

Il n’empêche. Le diplomate européen s’est tout de même montré relativement optimiste après le discours d’ouverture du président chinois au FEM. «Si une telle déclaration politique vient du plus haut niveau de l’État, et est prononcée dans un cadre aussi symbolique que Davos, il serait surprenant qu’elle ne se traduise pas en mesures concrètes», a-t-il ajouté. Pour Jean-Pierre Lehmann, l’écart entre le discours et la réalité s’amenuise au fil des années. «C’est la raison pour laquelle des dizaines d’entreprises voudraient toujours s’installer en Chine», dit-il. Il fait encore remarquer que de nombreux dirigeants politiques tiennent à raffermir les relations bilatérales avec la deuxième puissance économique mondiale. A l’instar de la première ministre britannique Theresa May qui est attendue à Pékin le mois prochain.

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