«Les Chinois ne m’impressionneront pas en exerçant de la pression sur les pays membres de l’Union. Cela m’est égal même s’il s’agit de la nation la plus peuplée du monde. Ils peuvent tenter d’influencer certains Etats, mais ils perdront leur temps, s’ils veulent en faire autant avec moi.»

Karel De Gucht, commissaire européen chargé du Commerce, qui avait fait cette déclaration la semaine dernière devant le Parlement européen, a joint la parole à l’acte. Il a annoncé mardi une taxe antidumping de 59,4% sur les panneaux solaires importés de Chine. «Elle sera de 11,8% durant 60 jours à compter du 6 juin, a-t-il précisé, afin que Pékin révise sa politique. Après cette première échéance, nous ajouterons un taux de 47,6% pour une durée de six mois. Sans accord, cette mesure deviendrait permanente.» Selon lui, si l’UE baisse les bras, c’est tout un pan industriel qui sera effacé, avec 25 000 emplois sacrifiés. Une soixantaine d’entreprises du secteur ont déjà cessé leurs activités.

«Grâce à des prix cassés, les fabricants chinois occupent 88% du marché européen et grâce à leur surcapacité, ils produisent 150% de la demande mondiale», a-t-il ajouté. Une enquête lancée à la demande de ProSun, un groupement d’entreprises européennes actives dans l’énergie solaire, a confirmé ces pratiques: des concurrents chinois vendent leurs produits moins chers que le prix de revient. «Il s’agissait dès lors d’assumer ma responsabilité en toute indépendance et de faire appliquer nos règles. L’Europe ne doit pas reculer, lorsque ses intérêts sont menacés par des pratiques commerciales illégales d’autres pays», selon Karel De Gucht.

Le commissaire a déclaré la guerre à la Chine mais doit encore batailler à l’intérieur même de l’Union. Menés par Berlin, dix-huit pays se sont dits opposés à cette politique. L’Allemagne, premier exportateur européen vers la Chine, refuse de mettre ses intérêts en danger. D’autres pays, comme la Grande-Bretagne, le Portugal, la Grèce ou la Belgique entretiennent des relations économiques proches (commerce, investissements, prêts) avec l’Empire du Milieu. «L’UE est au courant des pressions qui pèsent sur ces pays», avait encore dénoncé le commissaire De Gucht, la semaine dernière.

La France, par la voix de son ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a en revanche pleinement soutenu Bruxelles. «L’UE ne peut pas être la naïve du monde quand de nombreux pays prennent des mesures antidumping pour restaurer la loyauté de la concurrence», vient-il de dire à l’hebdomadaire L’Usine Nouvelle. Dans le même registre, ProSun dénonce le fait que la Chine n’achète pas des panneaux solaires européens, malgré leurs avantages technologiques.

Les industriels du Vieux Continent se plaignent non seulement de l’inaccessibilité du marché chinois, mais aussi de la bureaucratie, de l’inégalité de traitement dont ils sont victimes et de la contrefaçon. La Chambre européenne du commerce estime que ces obstacles représentent un manque à gagner de 17,5 milliards d’euros par an.

La Chine, à plusieurs reprises ces dernières semaines, a menacé de prendre des mesures de rétorsion si Bruxelles passait à l’acte. «Nos décisions ne sont pas basées sur la colère des autres, a répondu Karel De Gucht. La balle est maintenant dans le camp chinois.»

L’Allemagne, premier exportateur européen vers la Chine, refuse de mettre ses intérêts

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