ur les bords du Tage, on se méfie des velléités expansionnistes du grand voisin espagnol. Les relations hispano-portugaises n'ont en effet jamais été fluides au cours des siècles. L'instauration de la démocratie à Lisbonne et à Madrid a certes rapproché les deux pays au sein d'une Union européenne où les intérêts à défendre sont communs. Mais l'affaire Champalimaud-BSCH (Banco Santander Central Hispano) a remis le feu aux poudres et provoqué les foudres du gouvernement socialiste portugais.

«Le Portugal n'est pas une république bananière», s'est exclamé le 15 juin le premier ministre Antonio Guterres, outré après que l'un des plus grands groupes financiers du pays, le groupe Champalimaud, a signé une semaine avant un accord de principe avec le premier groupe bancaire espagnol, le BSCH.

Cet accord concerne la vente de 40% du capital de cette holding – qui contrôle le Grupo Mundial Confiança – contre des actions de BSCH à hauteur de 1,6% du capital du premier groupe bancaire espagnol. Le Grupo Mundial Confiança regroupe en fait les plus grandes institutions portugaises dans le secteur de l'assurance (Mundial Confiança) mais aussi dans celui de la banque avec Banco Pinto & Sotto Mayor (BPSM), Banco Totta & Azores (BTA) et Credito Predial Portugues (CPP).

L'alliance passée entre Champalimaud et BSCH a suscité la colère des autorités portugaises et préoccupe aussi les cinq principales banques privées du pays. «L'Etat agira dans le respect intégral de la légalité et aussi dans la défense très ferme de l'intérêt national et de la dignité de l'Etat portugais», a déclaré Antonio Guterres. Le ministre de l'Economie et des Finances, Antonio Sousa Franco, a opposé le 18 juin un veto formel à l'accord stratégique entre les deux groupes financiers portugais et espagnol. Il a estimé que l'accord «n'était pas clair» et que le gouvernement «avait été mis devant le fait accompli».

Quelques jours plus tard, dans un entretien accordé à un hebdomadaire portugais, le ministre a ajouté que la position de son gouvernement était «inattaquable» et «qu'en période de libéralisation comme celle que nous vivons, la liberté court le risque de se pervertir dans la loi du plus fort». «Il faut préserver les conditions de liberté pour que les plus forts ne détruisent pas les plus faibles, qu'il s'agisse d'entreprises ou de nations», juge le ministre. Quelques heures après l'annonce du veto du ministre de l'Economie et des Finances, le Banco Comercial Portugués (BCP) lançait une OPA sur la Société Mundial Confiança.

Aujourd'hui, le dossier est à Bruxelles sur le bureau du commissaire européen à la concurrence Karel Van Miert qui a un mois pour se décider. L'affaire fait figure de cas d'école pour les instances européennes car Mario Monti, le commissaire en charge du marché intérieur, s'y intéresse aussi.

Le dossier Champalimaud-BSCH est en quelque sorte un test pour prouver qu'il existe bien un marché unique des services financiers sans barrières protectionnistes. Le gouvernement d'Antonio Guterres a adressé une lettre vendredi à la Commission pour expliquer son attitude quant à la fameuse alliance hispano-portugaise.

Le même jour, il a exclu la multinationale espagnole des carburants Repsol de la liste des candidats à la privatisation de 42,5% du consortium du gaz et du pétrole portugais Galp SGPS. Il a toutefois retenu dans cette liste les plus petites entreprises du pays voisin.