Contrairement à une idée largement répandue, le continent européen n'est pas en train de décliner. Durant la dernière décennie, de nombreuses entreprises européennes ont modifié leurs structures et leurs processus internes pour les adapter aux réalités du défi global. Leur marché domestique ne se limite plus aux frontières nationales. Elles opèrent sur une base consolidée et transfrontalière. Elles obtiennent ainsi des gains d'efficience, grâce à l'augmentation du volume d'affaires et l'accès à un plus vaste marché. Cela vaut aussi pour notre entreprise. La moitié de nos primes d'assurance dommages et vie sont enregistrées en Europe.

En Europe, nos activités sont intégrées. Il y a un an, la Zurich a, la première, commencé à assurer de Dublin la souscription des polices d'entreprises pour tout le continent. Nous le réalisons à l'aide d'un réseau de succursales paneuropéen qui s'appuie sur les nouvelles directives européennes pour l'assurance non-vie. La même approche s'applique à l'assurance vie. La Zurich est donc bien positionnée pour devenir un groupe authentiquement européen. Maintenant c'est aux décideurs politiques de s'adapter. Je me félicite que cela soit déjà le cas dans l'assurance. Les autorités de surveillance ont compris que des directives de surveillance strictement nationales n'étaient plus justifiées et qu'une réglementation commune était à développer. Le projet prendra naturellement du temps.

Parlons clairement: je plaide pour une surveillance transparente et une réglementation qui soit forte et aille dans le sens du marché. Elle doit encourager la concurrence et anticiper ses défauts. Cela semble contradictoire, mais ne l'est pas si la réglementation se concentre sur les principes plutôt que les règlements et ne fausse pas la concurrence.

Ces principes me ramènent à mon expérience personnelle. Durant des années, j'ai remarqué qu'une réglementation forte représentait un avantage si l'on travaille dans le cadre de juridictions étrangères et sous divers systèmes de surveillance. Ce n'est qu'avec une forte réglementation sur son marché domestique que l'on peut en appeler au principe de reconnaissance réciproque. C'est à celui-ci auquel se réfèrent aussi bien les assureurs que l'Office fédéral des assureurs privés (Ofap).

Il serait faux d'ignorer le revers de la médaille réglementaire. Nous devons être conscients des avantages et des inconvénients. Une proposition vient d'être faite qui demande un système de garantie des assurés étendu à l'ensemble de l'Union européenne. Il serait presque impossible de chiffrer les avantages de ces garanties, mais des estimations internes à la branche montrent qu'un système harmonisé coûterait aux citoyens européens jusqu'à 1 milliard d'euros. C'est beaucoup d'argent pour un résultat incertain et probablement négatif.

C'est pourquoi je salue la décision du Commissaire européen Charlie McCreevy de repousser ce projet de système de garanties. Sa position s'inscrit en droite ligne avec le livre blanc des services financiers, qui date de l'année dernière, et qui porte sur les années 2005 à 2010. Ce document se concentre sur la consolidation des réglementations existantes et non pas sur le lancement de nouvelles initiatives. Il souligne l'engagement de McCreevy pour une amélioration de la réglementation. Je salue en particulier son intention de procéder à un examen des coûts et bénéfices avant l'introduction de nouvelles mesures.

Ce qui m'amène au plus important projet européen en matière d'assurance, Solvabilité II. Ce dernier doit être mis en œuvre d'ici à 2010 et modifiera le développement des produits et la formation des prix. Il touchera aussi l'investissement en capital et influencera le jugement du public sur la solvabilité.

Au niveau structurel, le projet de Solvabilité II est à même de déterminer les paramètres de la concurrence. Les sociétés bien diversifiées devraient en profiter. Plus important toutefois, Solvabilité II marquera un pas décisif vers une réglementation unifiée qui s'intégrera dans la dynamique du marché.

Précisément sur ce point, il s'agit d'achever le processus d'intégration. Mais une surveillance cohérente peu coûteuse et unique fait toujours défaut, y compris une surveillance consolidée au niveau du groupe. Le rythme de la réforme est trop lent. Les intérêts nationaux, qui cachent trop souvent des intérêts particuliers, dictent l'ordre du jour. Un marché de l'assurance intégré apportera des avantages concrets. Tous les groupes d'intérêts, y compris les clients, en profiteront.

Laissez-moi apporter une réserve de la part de la Zurich. Du fait que la Suisse n'est pas membre de l'Union européenne, nous encourons le risque d'être désavantagés en matière de surveillance. Bien sûr nous avons été partie prenante du processus d'adoption de Solvabilité II, mais cela n'a pas été le cas de l'Ofap. De plus, les propositions du Comité européen de l'assurance et de la prévoyance professionnelle (CEIOPS) ne prévoient pas les autorités de surveillance suisse comme organe de surveillance consolidée des groupes. Une telle exclusion pénalise un concurrent global comme la Zurich, avec son siège hors de l'UE. Il met en danger l'objectif de l'UE de créer des conditions de concurrence égales et le principe de reconnaissance réciproque.

Les directives de surveillance de l'Ofap appartiennent sans doute aux plus rigoureuses en Europe et elles seront mises en œuvre. La réglementation suisse est innovative et le Swiss Solvency Test (SST), récemment introduit, est en avance sur Solvabilité II. Le SST se base sur une approche ajustée du risque et dynamique. C'est un progrès, loin du système statique connu dans le passé. Et le parlement discute également d'un projet de surveillance intégrée des banques et de l'assurance. Ces faits sont incontestables: la Suisse disposera de directives de surveillance qui seront pendant des années parmi les plus modernes. Il n'y a donc aucune raison que l'Europe n'accorde pas le principe de reconnaissance réciproque à la Suisse et que ses autorités de surveillance ne soient pas intégrées dans le processus de consultation. Solvabilité II et l'intégration du marché des services financiers doivent être les projets de toute l'Europe. Les flux de capitaux et les transactions ne s'arrêtent pas aux frontières. Par rapport à leurs concurrents qui travaillent sur des marchés fragmentés, les entreprises de services européennes se verraient offrir un énorme avantage compétitif. L'exemple des Etats-Unis en témoigne. Les assureurs américains sont placés sous la surveillance de 50 différents commissaires d'Etat qui pour la même activité emploient 50 différents systèmes.