Les déboires de Coca-Cola n'en finissent décidément pas. Le numéro un mondial des boissons gazeuses a été contraint le mois dernier de retirer du marché des millions de canettes. Aujourd'hui, c'est avec la Commission européenne que le géant d'Atlanta a maille à partir. Le «gendarme» de la concurrence dans l'Union européenne le soupçonne ni plus ni moins d'avoir abusé de sa position dominante en imposant à ses clients des pratiques de vente illégales pour éliminer ses rivaux.

Ce ne sont encore que des soupçons. Mais ils sont sérieux. Suffisamment en tout cas pour que la Commission de Bruxelles procède à des perquisitions dans les succursales de Coca-Cola un peu partout en Europe. L'exécutif communautaire a confirmé jeudi que ses services ont mené des raids-surprises dans les locaux des embouteilleurs dont le géant américain détient des parts en Autriche, en Allemagne, au Danemark et en Grande-Bretagne. Les inspections ont eu lieu mardi et mercredi matin et les enquêteurs ont emporté des documents pour étayer leurs soupçons.

Karel Van Miert, le commissaire européen sortant à la Concurrence, justifie ces perquisitions en affirmant dans un communiqué que Coca-Cola «pourrait avoir abusé de sa position dominante». Bruxelles ne nourrit pour l'instant qu'une «suspicion» à l'égard de la firme américaine, qui réalise un cinquième de ses bénéfices en Europe. Mais pour Karel Van Miert, il y a anguille sous roche. «Il doit être bien clair, souligne-t-il, qu'une compagnie dominante ne peut, quel que soit le marché, inciter ses clients à acheter moins de produits concurrents.»

Impossible, hier, de savoir si Bruxelles a agi de sa propre initiative ou sur plainte de Pepsi-Cola et de Virgin, les principaux concurrents de Coke. Mais tel semble bien être le cas. Car la Commission soupçonne Coca-Cola d'avoir cherché à évincer ses concurrents du marché en offrant à ses clients des incitations sous forme de ristournes. Des rabais auraient été accordés aux grandes surfaces dépassant certains objectifs de vente. Les vendeurs offrant la gamme complète de la célèbre limonade auraient été récompensés. Et des primes semblent avoir été versées à ceux qui retiraient de leurs étalages les marques concurrentes.

La multinationale américaine a immédiatement clamé sa bonne foi. «Nous sommes convaincus d'avoir pleinement respecté la législation sur la concurrence et autres réglementations et nous coopérons sans réserve avec les autorités», a répliqué dans un communiqué la compagnie, qui a d'ailleurs annoncé les perquisitions avant qu'elles ne soient confirmées par la Commission.

Les services de Karel Van Miert vont désormais passer au peigne fin les documents saisis. Des contacts seront pris avec les revendeurs et les distributeurs de la marque. Si les doutes se confirment, une «communication des griefs» sera adressée à Coca-Cola. Et Bruxelles ouvrira une enquête approfondie. Si la multinationale a effectivement enfreint les règles européennes sur la concurrence, la Commission pourra lui imposer une amende représentant – en théorie – jusqu'à 10% de son chiffre d'affaires. La semaine dernière encore, British Airways s'est vu infliger une amende de 6,8 millions d'euros (11 millions de francs) pour pratiques anti-concurrentielles.

De quoi porter un nouveau coup dur au numéro un mondial des sodas, même si Wall Street est resté impassible. Son bénéfice a déjà reculé de 21% au 2e trimestre de l'année en cours. Un recul que le géant d'Atlanta attribue à des conditions économiques mondiales «difficiles». Mais auquel ses déboires en Europe, où ses ventes ont plongé de 6%, ne sont sans doute pas étrangers.

La commercialisation du Coca-Cola a été suspendue en juin en France, en Belgique et en Suisse. Des millions de canettes ont été retirées du marché après la découverte de contamination par un composé sulfurique dans la production de l'usine d'Anvers et la présence d'un fongicide sur les canettes provenant du site de Dunkerque.

La compagnie tente depuis de redorer son blason. Elle a lancé une vaste campagne de publicité et offert à tous les foyers belges un bon pour une bouteille gratuite de 1,5 litre. «Coca-Cola s'efforce de restaurer rapidement la confiance de ses consommateurs et demeure très optimiste sur l'activité future en Europe», assurait il y a quelques jours son PDG, Douglas Ivester.

Le groupe d'Atlanta n'est manifestement pas au bout de ses peines.