Olli Rehn, le commissaire européen chargé de l’Economie, affiche rarement son humeur. Même hier, à l’annonce de la sortie de la zone euro de la récession, il n’a montré aucune euphorie. Au contraire. Dans un commentaire intitulé «La reprise est à portée de main» et illustré par l’alignement de quatre grues, il a affirmé que l’évolution de la croissance européenne était le résultat de nombreuses mesures mises en place pour «rééquilibrer les finances publiques, mais aussi des sacrifices des citoyens européens».

Mais le Finlandais dit surtout qu’il n’y a aucune place pour de la complaisance, qu’il est prématuré de s’auto-congratuler et d’affirmer que la crise est derrière. «Nous devons persévérer dans les réformes, affirme-t-il. La croissance ne fait que débuter. Elle est faible et fragile. Il y a encore un long chemin à faire pour atteindre l’objectif de créer des emplois pour les milliers de chômeurs.» En somme, il appelle les pays à équilibrer leur budget en maîtrisant les dépenses publiques (santé, social, éducation) et en augmentant les recettes (fisc, privatisation).

Guntram Wolff, directeur de Bruegel, un centre de recherche et de débats sur les politiques éco­nomiques en Europe basé à Bruxelles, ne fait pas la fine bouche. «La fin de la récession, c’est un jour de fête, dit-il. Mais ce n’est pas une raison pour se reposer sur ses lauriers. Les réformes, notamment la mise en place de la réforme bancaire et l’assainissement des banques, doivent se poursuivre.» Guntram Wolff note toutefois qu’il faut attendre les détails de l’évolution conjoncturelle pour mieux évaluer la situation. Il fait remarquer que l’Allemagne a effectué un bond remarquable, alors même qu’elle n’est pas soumise à une cure d’austérité.

Changer de cap

Le professeur Charles Wyplosz, de l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, ne croit pas à l’embellie. Selon lui, l’économie européenne touche le fond parce que les réformes, notamment l’austérité, ont tué l’activité économique et la consommation. Selon lui, les dirigeants européens ne savent plus quelle direction prendre pour sortir de l’ornière. Il ne croit pas non plus dans une hausse durable des exportations européennes; les clients – Etats-Unis et pays émergents – se trouvent aussi en situation difficile.

Steen Jakobsen, directeur et chef économiste de la banque Saxo, estime pour sa part que les réformes actuelles ont surtout aidé les banques et les grandes entreprises. Selon lui, l’Union européenne doit changer de cap et prendre des mesures rapides pour aider les petites et moyennes entreprises, responsables de 80% de la richesse européenne et de 100% des emplois créés ces dernières années. «En parallèle, les pays doivent poursuivre les efforts pour équilibrer leur budget, sta­biliser puis réduire leur dette», estime-t-il.