Compagnie aérienne

Lufthansa et le groupe Thomas Cook pressentis pour se partager Air Berlin

Le comité de surveillance de la compagnie aérienne annoncera lundi le montage choisi pour reprendre la flotte de 140 appareils. Lufthansa a un argument de poids: conserver 3000 de ses 8000 salariés

La compagnie aérienne en difficulté Air Berlin devrait officialiser lundi son choix du trio Lufthansa-EasyJet-Condor pour se partager sa flotte de 140 appareils et décider du sort de ses 8000 employés. Le comité de surveillance d'Air Berlin doit annoncer vers 15 heures (heure suisse) les décisions prises pendant sa réunion, consacrée au montage préliminaire choisi vendredi par le comité des créanciers. La compagnie devrait approuver ce scénario puis se donner jusqu'à mi-octobre pour régler les détails techniques de sa cessation d'activités.

L'enjeu: 140 avions en leasing, y compris ceux sains financièrement de sa filiale autrichienne Niki, de précieux créneaux de décollage et atterrissage en Allemagne ainsi qu'un joli parc immobilier à Berlin.

Lire aussi: La compagnie Air Berlin engage une procédure d’insolvabilité

Lâchée par son principal actionnaire, la compagnie du Golfe Etihad, Air Berlin avait engagé une procédure d'insolvabilité à la mi-août et donné à ses repreneurs potentiels un mois pour soumettre leurs offres. Sur les six offres déposées mi-septembre, quatre semblent hors jeu: celle de la holding IAG (British Airways et Iberia), qui s'était manifestée à la dernière minute, et les 500 à 600 millions promis respectivement par trois investisseurs privés, deux allemands et un chinois. Le géant européen des vols à bas coût, Ryanair, s'était déjà retiré de la course début septembre, s'estimant victime d'un «coup monté» allemand pour privilégier Lufthansa.

3000 embauches promises par Lufthansa, accusé de monopole

Car le géant allemand de l'aviation est la première compagnie du pays, quand Air Berlin est la deuxième: les autres candidats à la reprise ont dénoncé une tentative d'OPA de Lufthansa sur le ciel allemand. «Ce qui se passe ici, c'est un scandale, cette décision va renforcer le monopole de Lufthansa», a lancé vendredi un des prétendants déçus, le magnat bavarois Hans Rudolf Wöhrl, annonçant dans les colonnes du quotidien des affaires Handelsblatt réfléchir à un recours en justice.

Niki Lauda, intéressé par les 21 avions de la filiale qui porte déjà son prénom, accuse le gouvernement allemand d'avoir «soutenu la reprise d'Air Berlin» et menace de saisir les autorités autrichiennes de la concurrence. Le gouvernement allemand a pourtant assuré qu'aucune compagnie seule ne pourrait s'offrir l'intégralité d'Air Berlin.

«La priorité absolue, c'est de stabiliser au niveau opérationnel les 38 avions (avec équipages) que nous louons déjà depuis quelques mois», a déclaré le patron de Lufthansa, Carsten Spohr. «Par ailleurs, nous partons du principe qu'Air Berlin va sortir du marché (...) et pensons pouvoir croître de 20 à 40 avions à travers ce départ d'un concurrent», a-t-il ajouté, portant donc à environ 80 le nombre d'appareils dans son viseur.

EasyJet et Condor, du groupe Thomas Cook, n'ont pas rendu publiques leurs intentions, mais pourraient s'intéresser aux court-courriers d'Air Berlin, selon les médias.

Lufthansa fait d'autant plus figure de favorite qu'elle a usé d'un argument de poids en pleines élections législatives allemandes: la compagnie fait miroiter 3000 embauches, alors qu'air Berlin compte 8000 salariés.

Un coup de pouce financier de l'Etat allemand

«Nous considérons comme bon signe le choix apparemment des trois acheteurs, Lufthansa, EasyJet et Condor, que nous appelons à s'engager pour l'avenir des salariés d'Air Berlin», a indiqué le syndicat Verdi dans un communiqué, déplorant toutefois le manque d'intérêt pour les liaisons long-courriers d'Air Berlin. Les salariés se méfient par ailleurs, dans un ciel européen déjà saturé de compagnies low-cost, des candidats alléchés par des appareils et des créneaux, mais qui préfèrent les opérer avec leur propre personnel.

Air Berlin a déjà reçu un coup de pouce vital de l'Etat allemand, un prêt d'urgence de 150 millions d'euros qui lui permet de maintenir ses vols jusqu'en novembre. Depuis, la compagnie vole sur la réserve et a déjà renoncé à la plupart de ses long-courriers, entraînant la colère des pilotes, qui se sont massivement déclarés en «arrêt maladie» mi-septembre.

Air Berlin assure qu'en attendant la fin de la procédure de rachat, ses vols seront maintenus, même si le partage de ses réservations entre plusieurs compagnies risque de s'avérer un casse-tête. Prudente, la compagnie berlinoise propose déjà à ses nombreux passagers anxieux de rembourser les réservations effectuées après le 15 août.

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