Le rapprochement de Swiss et de Lufthansa se précise. C'est du moins ce que prétendait dimanche la SonntagsZeitung. Selon le journal alémanique, le groupe allemand aurait présenté une offre de reprise. Le conseil d'administration de Swiss, qui devrait se réunir le 8 août, déciderait alors s'il entérine cette éventualité ou non. Les gros actionnaires – le Conseil fédéral, UBS et Credit Suisse Group – pousseraient dans cette direction. Joint dimanche, le porte-parole de Swiss, Jean-Claude Donzel, ne commente pas cette information. Des discussions sur différentes formes de coopération sont en cours, tel est désormais le discours succinct de la compagnie.

Cela fait longtemps que l'on parle d'une coopération avec Lufthansa. A l'époque de Swissair déjà, des contacts existaient. Mais, soulignait récemment au Temps un acteur de l'aéronautique allemande, la morgue des Suisses bloquait alors toute avancée. Il est vrai que les relations entre Zurich et l'Allemagne n'ont jamais été empreintes d'une grande cordialité. Aujourd'hui tout a changé. André Dosé, PDG de Swiss, reconnaît clairement que le célibat ne fait pas le bonheur (lire Le Temps du 7 juillet). Tentant de survivre dans des conditions économiques extrêmement difficiles malgré un redressement naturel à l'approche de l'été, la compagnie bâloise a annoncé en juin une restructuration drastique et la suppression d'un quart de ses dessertes.

Selon certaines sources pourtant, Swiss et Lufthansa auraient interrompu leurs discussions récemment (lire Le Temps du 10 juillet). La société helvétique aurait alors intensifié ses pourparlers avec SkyTeam (Air France), que KLM chercherait également à rejoindre. Pourtant, selon Le Matin dimanche, c'est parce que la compagnie hollandaise se rapproche d'Air France que Swiss peut devenir à nouveau intéressante pour d'autres partenaires, dont British Airways et Lufthansa.

Selon un précédent rapport du quotidien alémanique, cette dernière serait prête à payer 300 millions de francs pour obtenir un tiers du capital de Swiss. Mais le groupe allemand aurait posé deux conditions: que les suppressions d'emplois et de lignes décidées à Bâle soient effectivement mises en place et que le conflit avec les deux corps de pilotes (ex-Swissair et ex-Crossair, en guerre ouverte depuis la naissance de la société) soit réglé. En contrepartie, affirme la SonntagsZeitung de ce dimanche, Swiss aurait l'assurance qu'elle ne sera pas condamnée à jouer les «Zubringer» (pourvoyeurs de passagers) pour le hub munichois. Comme le montre le graphique ci-contre, l'annonce de la suppression de certaines lignes par Swiss (lire Le Temps du 11 juillet) peut, à bien des égards, satisfaire Lufthansa.

Intérêt pour l'aviation d'affaires

L'annonce d'une alliance/fusion devient en tous les cas pressante. Le Matin dimanche cite une étude confidentielle de Goldman Sachs, qui aurait été présentée à la direction de Swiss les 20 et 21 juin derniers. Ses conclusions seraient particulièrement alarmantes et parfois surprenantes, raison pour laquelle il faut les prendre pour l'heure avec prudence. Ainsi, selon la banque d'affaires américaine, Swiss aurait perdu 9500 euros par siège en 2002 quand Ryanair, le premier de classe, en gagnait 41 600. Pire, selon l'étude citée par le journal, si les pertes se poursuivent comme au premier trimestre, à raison de 4,4 millions de francs par jour, Swiss n'aura plus de liquidités le 13 octobre prochain. Chez Swiss, on souligne que durant les trois premiers mois de l'année, 2 millions de francs étaient perdus quotidiennement et non le double et que le premier trimestre, au-delà de la guerre en Irak, est traditionnellement peu pourvoyeur d'affaires. D'ailleurs, le taux de remplissage de plusieures lignes a progressé en mai et juin. Jean-Claude Donzel rappelle de surcroît ce qui avait déjà été dit: les liquidités ne posent pas de problème jusqu'à la fin de l'année, mais il faut trouver un crédit de 500 millions de francs pour financer le nouveau «business plan».

Face à cette situation, Goldman Sachs aurait proposé des alliances pour le moins surprenantes, avec des compagnies comme Emirates, Singapore Airlines et même easyJet. Leurs responsables en Suisse nient tout rapprochement et Swiss ne commente pas.

Dernier point, confirmé cette fois par Jean-Claude Donzel: la volonté de Swiss de proposer des «business jets» sur deux liaisons intercontinentales. Il s'agirait de trouver un partenaire qui, à l'image de PrivatAir pour Lufthansa, offre des vols dans de petits avions en classe unique de grand luxe. Cette ambition n'est dans tous les cas pas contradictoire avec la nouvelle stratégie de Swiss, qui vise le très haut de gamme pour les longues distances.