Depuis que Swissair a laissé tomber Cointrin en 1996, d'autres compagnies, dont Lufthansa, se sont engouffrées dans cette brèche. «La plateforme genevoise est très rentable», assure Willy Schnyder, directeur général pour la Suisse et le Liechtenstein de Lufthansa, lors de la présentation des résultats de la compagnie, jeudi, à la presse. L'an dernier, le transporteur allemand a augmenté le nombre de ses passagers depuis Cointrin de 7,6%. Son chiffre d'affaires réalisé à Genève a progressé de 11,8%. Lufthansa en a profité pour augmenter le prix du billet de 6,9%. La concurrence est rude entre les autres compagnies, comme KLM, Air France ou EasyJet, mais elles ne se plaignent pas d'avoir augmenté la fréquence de leurs vols depuis Genève. «Ce qui est très important, souligne encore Willy Schnyder, c'est de parler la langue du client, de s'adapter aux habitudes locales et à la mentalité genevoise». Ce ne sont pas tellement les organisations internationales qui drainent des passagers mais bien les multinationales et les banquiers qui volent avec la compagnie allemande. Selon Willy Schnyder, 37% du chiffre d'affaires réalisé par Lufthansa dans notre pays provient aujourd'hui de la Suisse romande, contre seulement 25% il y a quelques années. Les passagers ne craignent plus de voler de Genève à Francfort pour ensuite partir vers des destinations longs courriers. «Nous allons encore amplifier les vols Genève-Munich pour atteindre ensuite São Paulo, Los Angeles ou San Franscisco».

«Il faut que cela soit un atout pour notre clientèle»

Dans la débâcle actuelle de SAirGroup, des voix s'élèvent pour réclamer que Swissair entre dans une grande alliance. Les noms les plus souvent cités sont Oneworld (British Airways) ou Star Alliance. Cette dernière regroupe 15 compagnies (Lufthansa, Air Canada, Air New Zeland, ANA, Anset Australia, Austrian Airlines, British Midland, Lauda Air, Mexicana, SAS, Singapore Airline, Thai, Tyrolean, United Airlines et Varig). Lufthansa serait-elle prête à accueillir Swissair? «Dans l'aviation tout le monde discute avec tout le monde de manière confidentielle, explique Willy Schnyder. Mais le principal problème est d'abord de savoir ce que Swissair veut vraiment».

Pour les dirigeants de Lufthansa, il est clair que le groupe helvétique – si son intention est d'entrer dans cette alliance – va devoir les convaincre. «Il faut que cela soit un atout pour notre clientèle, qu'il existe une harmonie entre les différentes compagnies, que les réseaux se complètent et qu'il y ait des économies d'échelle (achat d'avions, informatique commune, etc.) pour qu'une compagnie nous intéresse», précise encore Willy Schnyder. En principe, Lufthansa n'entre pas dans le capital des membres de StarAlliance, à l'exception d'Air Canada. «Chacun entre dans le groupe sur une base volontaire», souligne encore le directeur général.

Comme toutes les compagnies d'aviation, Lufthansa a subi de plein fouet la hausse du pétrole. «Nous nous en sommes bien sortis, explique Willy Schnyder. Nous avons eu de la chance. Nous avons pu, grâce aux contrats à terme qui nous protègent contre les flucturations («hedge»), économiser 600 millions de DM, ce qui représente l'équivalent de la moitié du résultat opérationnel de 1999». Une équipe de plusieurs personnes s'occupe uniquement d'acheter le kérozène.

Le mot d'ordre pour Lufthansa, même si ses résultats sont bons, est de réduire encore les coûts cette année. L'an dernier, la compagnie a vu son bénéfice d'exploitation progresser de 44%, pour atteindre 1,5 milliard de francs suisses. Son chiffre d'affaires, quant à lui, a augmenté de 19% pour s'établir à 1,8 milliard. Belle remontée puisqu'en 1992, Lufthansa était au bord du gouffre.

De son côté, Swissair attend la nomination de son nouveau patron aujourd'hui, ce qui a fait remonter l'action du groupe de 1,7% pour terminer à 179,5 francs. Tous les regards se tournent vers Christoph Mueller actuellement à la tête de Sabena. Le jeune Allemand a été formé à l'école de Lufthansa, ce qui, peut-être, pourrait faciliter les négociations de SAirGroup avec son ancien employeur.