L'Union européenne (UE) et le Mercosur (composé du Brésil, de l'Argentine, de l'Uruguay, du Paraguay et que le Mexique a annoncé mercredi vouloir intégrer), en discussion depuis plusieurs années, doivent échanger ces prochains jours leurs offres respectives en vue d'un accord bilatéral. Les négociations entre les deux parties pourraient aboutir en octobre prochain déjà. Un éventuel accord permettrait à l'UE de sauver sa politique agricole commune (PAC) tout en jouant la division dans les négociations en cours à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), affirme le Financial Times (FT) dans son édition de mercredi.

Selon le quotidien britannique, l'UE offrirait un accès facilité au marché européen à plusieurs produits agricoles sud-américains parmi lesquels la viande de bœuf, le sucre et les produits laitiers. Ces largesses ne remettraient pas en cause les subventions agricoles versées par l'UE, qui restent un dossier relevant des négociations commerciales multilatérales tenues dans le cadre de l'OMC. L'ouverture du marché européen permettrait, par ailleurs, de diviser sensiblement le groupe de Cairns. Cette coalition emmenée par l'Australie et le Canada, composée de 17 pays au total dont tous les partenaires du Mercosur, se présente comme un opposant de poids, au sein de l'OMC, aux subventions agricoles versées par l'UE. Mieux, cette manœuvre affaiblirait également le bloc du G20, au sein duquel le Brésil, aux côtés de l'Inde et de la Chine, est un des membres les plus actifs pour le démantèlement des subventions agricoles. Pour l'ambassadeur du Brésil auprès de l'UE, José Alfredo Graça, la signature d'un accord Mercosur-UE n'aurait pas d'influence sur les revendications du G20.

Diviser pour mieux régner, tel serait l'objectif poursuivi en filigrane par l'UE. Cette stratégie s'avère toutefois «un jeu d'équilibre compliqué», analyse Alfredo Valladão, directeur de la chaire Mercosur au sein de l'Institut d'études politiques à Paris. «Comment ouvrir le marché européen et faire passer ensuite ces concessions auprès des Etats membres de l'Union et de la France, plus particulièrement, grand bénéficiaire de la politique agricole commune?» questionne-t-il.

Pour les membres du Mercosur, l'offre de l'Union aurait évidemment du sens. La viande de bœuf, les céréales, les agrumes ou encore le sucre, qui figurent parmi les produits-phares exportés par l'union douanière sud-américaine, bénéficieraient a priori de cette révision des quotas. Reste à connaître jusqu'où les Européens sont prêts à aller. De plus, cette ouverture du marché européen ne se ferait pas sans contrepartie. Un accès aux marchés publics mais aussi une libéralisation des investissements et des services seraient réclamés par l'UE. «Les Européens ne veulent pas seulement obtenir une neutralité du Mercosur à l'OMC, souligne Alfredo Valladão. Mais dans ce contexte, on va se demander aussi bien au Brésil qu'en Argentine à qui profite cet éventuel accord.»

Au-delà les obstacles inhérents à pareille négociation, l'accélération des discussions tombe à point nommé, selon le professeur brésilien. «Pour le Mercosur, les négociations sur une zone de libre-échange dans les Amériques piétinent. Les Européens sont isolés avec leur politique agricole commune. Et l'OMC est toujours paralysée. Dans une conjoncture comme celle-là, un accord, même modeste, serait bon pour les deux parties», conclut-il.