La Suisse est le pays le plus compétitif, mais l’avantage que tire un citoyen de la performance économique interne est limité. A quoi cela lui sert-il s’il ne peut se déplacer aisément dans le monde pour y vivre et saisir les opportunités? Sous cet angle, tous les passeports ne sont pas égaux. Or la «nationalité a un impact direct sur notre style de vie et notre liberté de pensée, de faire des affaires, notre capacité de vivre plus longtemps, sainement et de façon gratifiante», écrivent les auteurs du rapport sur l’indice de qualité des nationalités en 2016 (Henley & Partners - Kochenov Quality of Nationality Index, QNI, 272 pages, 2017).

Le meilleur passeport est l’allemand, devant le français, le danois, l’islandais et le suédois, selon le rapport. Les auteurs se fondent sur des facteurs internes, soit la performance économique, le développement humain et enfin la paix et la stabilité, ainsi qu’externes, soit la liberté de voyager et la liberté de résidence.

La taille ne suffit pas

L’analyse de la valeur des passeports fait débat au moment où l’administration des Etats-Unis impose de nouvelles restrictions de voyages aux ressortissants étrangers (exemple Venezuela, Iran, Libye). L’indice QNI place les nationalités en cinq groupes, de la qualité «extrêmement élevée» (28 pays) à la «basse» (14).

Malgré la non-appartenance à l’Union européenne (UE) et l’étroitesse du marché intérieur, le passeport suisse occupe le 9e rang sur 159. Qu’on ne s’y méprenne pas! Un pays compétitif, prospère, politiquement stable, est capable d’attirer les talents et les richesses s’il est ouvert à la circulation des personnes. C’est l’une des raisons pour lesquelles le passeport suisse figure dans le top 10. Malgré l’isolement géographique et la taille modeste du pays, la nationalité islandaise (3e) est un sésame fort utile lorsqu’il s’agit de voyager. Son détenteur profite d’un contrôle d’immigration identique aux locaux dans 41 pays. Par contre, la Chine est un géant économique, mais la valeur de son passeport est modeste (61e pour la Chine continentale, 47e pour Hong Kong).

L’EEE encore mieux que l’UE

L’UE n’est pas un Etat, en dépit des ambitions de ses technocrates, mais la détention d’un passeport européen améliore la citoyenneté de ses résidents, selon les auteurs. En termes de résidence, de travail et de non-discrimination, il permet aux citoyens de chacun de ses membres de profiter, dans l’ensemble de la zone, des mêmes droits que les autres. Sous l’angle pratique, si un citoyen maltais perd son passeport au Gabon, le consulat britannique (pour l’instant) peut lui fournir un document de remplacement. Seuls les citoyens de l’Espace économique européen (EEE) ont un passeport de plus grande «valeur» en termes de QNI.

La majorité des membres de l’UE acceptent que l’Union, et non les membres individuels, soit responsable de la livraison du visa à l’étranger. Un seul pays a refusé de coopérer, les Etats-Unis, en raison de la «discrimination» effectuée à l’égard des personnes venues de Bulgarie, de Croatie, de Chypre, de Pologne et de Roumanie, selon les auteurs. Un conflit est d’ailleurs en cours puisque les Américains refusent d’ouvrir aux citoyens de ces cinq pays d’entrer aux Etats-Unis via le système d’autorisation électronique des transports. Le conflit est majeur. Selon le Parlement européen, il pourrait conduire à l’introduction de visas pour les Américains désirant entrer dans l’UE. La qualité des passeports de l’UE et des Etats-Unis en serait affaiblie.

A la suite du Brexit, le Royaume-Uni (12e en 2016) est en passe d’établir un nouveau record mondial dans l’affaiblissement de la valeur d’un passeport en l’absence de conflit armé, selon les auteurs. Sa nationalité risque de tomber au niveau de la chinoise et de la russe.

Investir pour avoir la nationalité

Le rapport se penche sur les nouvelles tendances. Des pays offrent de plus en plus souvent la nationalité à des personnes qui effectuent une contribution significative dans le pays. C’est le cas en particulier de l’Autriche, de Chypre et de Malte. Les montants divergent. Il faut parfois plusieurs millions d’euros (Autriche), 650 000 euros (Malte) ou un investissement immobilier recouvrable de 2 millions d’euros (Chypre). Le Monténégro (53e) se profile aussi sur ce thème, même si ses pratiques sont réputées restrictives. Ce passeport pourrait entrer dans la catégorie la plus élevée. Les Caraïbes et les Seychelles proposent aussi parfois des programmes de ce type.