«Il est évident que nous allons mettre la barre plus haut», lance Pierre-Alain Grosjean, secrétaire syndical chez Syna. L'excellente santé de l'économie suisse (LT du 2.06.2006) est en train de donner des idées et de nouvelles ambitions aux syndicats. Car d'ici à trois mois vont débuter les fameuses négociations salariales de l'automne. «Les syndicats ont davantage d'arguments à faire valoir cette année qu'en 2005», estime de son côté Daniel Kalt, économiste chez UBS. De quoi aiguiser l'appétit de l'Union syndicale suisse (USS), qui regroupe environ 385000 membres. Si elle n'a pas encore officiellement annoncé son plan de bataille, la centrale syndicale n'a pas attendu les chiffres de la croissance économique helvétique de jeudi pour trouver un accord. «Les fédérations affiliées à l'USS ont décidé d'exiger une hausse générale de 4% des salaires réels», a confié au Temps un proche du dossier. Soit plus de 5%, inflation comprise La centrale, qui rendra public ce chiffre fin juin, demandera une augmentation encore plus forte pour les femmes, afin de réduire les inégalités. «Tous les travailleurs, et pas seulement les cadres, doivent profiter de la reprise», a renchéri Bruno Schmucki, porte-parole d'Unia. L'an passé, l'USS avait demandé une augmentation réelle de 1,5 à 3%.

Voilà pour la théorie, car, dans la pratique, les négociations s'annoncent âpres, comme toujours. «Chaque année, nous sommes très optimistes, mais en fin de compte nous ne récoltons que des miettes», explique, résigné, Pierre-Alain Grosjean. Dans les faits, l'augmentation des salaires réels sur l'ensemble de la période de 1993 à 2005 n'a atteint qu'un tout petit+0,3% en moyenne annuelle. Pire, en 2005, les rémunérations ont reculé de 0,2%.

Répartition inégale

Quelle que soit la hausse finalement obtenue, les fruits de la croissance ne profiteront pas à tous les secteurs. «La pharma, les assurances, les banques et l'informatique devraient mieux s'en sortir», anticipe Daniel Kalt. La construction et l'industrie des machines très spécialisées pourraient également tirer leur épingle du jeu, alors que, pour la restauration, les arts graphiques et les emplois non qualifiés, la reprise économique ressemblera davantage à un miroir aux alouettes. L'Association suisse des employés de banque pourrait demander une augmentation de 4%, tout en admettant que c'est surtout le système de bonus qui prévaut dans la branche. Une tendance qui essaime d'ailleurs dans d'autres activités. «On constate une diversification des formes de rémunération», selon Didier Froidevaux, collaborateur scientifique à l'Office fédéral de la statistique. A cela s'ajoute l'inconnue inflation. Le renchérissement du pétrole commence à peser sur les prix, de l'avis de Daniel Kalt. Un argument que ne manqueront pas de brandir les patrons à l'automne.