Tourisme

L’Uranais qui vante Lavaux

Andreas Banholzer a pris la tête de l’Office du tourisme du canton de Vaud en 2011. Depuis, les nuitées ont augmenté de 13%, notamment grâce aux Suisses. Le directeur de l’OVT, l'un des invités du Forum Horizon, a aussi mené la révolution numérique auprès des destinations

La quatrième édition du Forum Horizon, organisé par Le Temps, aura lieu le 29 janvier au Campus Biotech à Genève. En amont de cet événement, nous vous proposons une série d’articles consacrés aux enjeux et aux thématiques qui dessineront l’avenir de l’économie suisse et internationale.

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Andreas Banholzer est comme son office. Il faut le chercher pour le trouver. «Notre rôle n’est pas d’être visibles, mais de promouvoir le canton de Vaud à l’extérieur.» L’homme sourit en commençant par raconter que, parfois, des touristes égarés atterrissent quand même dans les bureaux pourtant discrets de Vaud Tourisme, installés au rez-de-chaussée d’un immeuble quelconque de l’avenue d’Ouchy. Et qu’ils sont (gentiment) redirigés vers les guichets de Lausanne Tourisme.

Agé de 42 ans, Andreas Banholzer a pris la direction de l’organe de promotion touristique en 2011. Les médias et le grand public ne le connaissaient que très peu, jusqu’à l'année dernière, et une campagne marketing à la fois simple et efficace.

Au printemps, Vaud Tourisme fait exploser la visibilité de la région auprès de millions d’Indiens. Ranveer Singh, acteur de Bollywood et influenceur suivi par plus de 20 millions de personnes sur les réseaux sociaux, poste sur ses comptes des photos et des vidéos dans lesquelles il apparaît, heureux comme un (beau) gosse, au Musée Chaplin, à Lausanne, à Montreux ou dans les vignes de Lavaux. La photo réalisée au Glacier 3000 comptabilise par exemple plus de 900 000 likes…

Un coup de génie? Non, une proposition de Suisse Tourisme, qui a fait de l’acteur son ambassadeur, relativise Andreas Banholzer. Et lorsqu’on lui demande si les Indiens affluent en pays de Vaud désormais, il tempère aussi. «En termes médiatiques, c’est incontestablement une réussite. Au niveau des retombées financières, c’est un peu tôt pour en juger. Mais oui, les nuitées indiennes ont augmenté cette année…» En 2017, ces dernières avaient déjà dépassé le nombre de 45 000 (+18%), soit 1,6% du total.

Les Suisses en Suisse

Andreas Banholzer joue les modestes, mais son bilan parle pour lui. Entre 2011 et 2017, les nuitées hôtelières – même s’il insiste pour dire que c’est un indicateur très imparfait – sont passées de 2,56 à 2,89 millions par année. Autre statistique importante: la part de touristes suisses est passée de 35% à 45%. Le canton rejoint ainsi la moyenne suisse.

L’effet des Suisses alémaniques? On en viendrait à croire que l’ancien directeur de l’Office du tourisme d’Uri a été recruté pour ça: vendre le pays de Vaud outre-Sarine. «Ça a pu jouer un rôle, certainement, cependant ce n’est pas la raison de mon engagement, coupe-t-il. Avec l’envolée du franc à cette époque, il était logique de mieux se positionner envers les touristes suisses, insensibles aux taux de change et qui ont généralement un bon pouvoir d’achat.»

Le souhait d'un retour

En réalité, s’il a postulé (et qu’il a été recruté), c’est parce que son épouse est Vaudoise. Et qu’après plusieurs années d’expatriation en Suisse centrale, elle voulait retourner sur ses terres. «Je la comprends», rigole Andreas Banholzer. Lui, du coup, l’a suivie, a obtenu un master en entrepreneuriat à la Haute Ecole de Fribourg qui a complété son bachelor en commerce international.

En 2009, l’OVT lui confie un mandat de développement informatique. Exercice réussi, puisque début 2011, le poste de directeur à pourvoir lui revient. Il est engagé et remplace Charles-André Ramseier, parti en préretraite après quinze ans de service. Son penchant pour l’informatique, Andreas Banholzer va l’employer pour réveiller les consciences et faire comprendre à ses collaborateurs, mais surtout aux prestataires des destinations touristiques, que le numérique devient impératif. «Je ne suis pas un geek, mais je suis très sensible et intéressé par les nouvelles technologies.»

«Une vision moderne»

Dans sa nouvelle fonction, il poursuit son œuvre: la modernisation et la centralisation des outils informatiques, internes, mais aussi des portails pour les clients potentiels. Et cela a commencé par une grande tournée durant laquelle chaque destination a été invitée à mieux se positionner, à se professionnaliser. Résultat: Vaud Tourisme ne réfléchit plus par zones géographiques, mais par thématiques à promouvoir dans chaque marché – la nature pour les Allemands, la culture pour les Français, l’œnotourisme pour les Suisses, etc. Un pas vers la personnalisation des offres. «Nous n’y sommes pas encore, mais c’est l’idée générale», confirme le directeur.

Patron de Villars-Gryon-Les Diablerets, Sergei Aschwanden salue le travail effectué par Andreas Banholzer. «Ça n’a pas dû être facile de s’imposer au début, pour un Alémanique. Mais il a une vision moderne, tournée vers le numérique, il a perçu ses enjeux très tôt.» Trop tôt? «Certains n’étaient peut-être pas prêts, concède l’ancien judoka. Tous les offices régionaux n’ont pas eu cette prise de conscience immédiatement. Et ils se sont finalement résolus à rattraper leur retard.»

Un travail de diplomatie

Mettre tout le monde à jour – pour ne pas écrire au pas – y compris ceux dont les destinations pourraient être considérées comme concurrentes. Accompagner, pousser à la réforme, mais sans brusquer. Aujourd’hui encore, c’est l’un des principaux défis d’Andreas Banholzer. «Il faut créer une cohésion, une même orientation stratégique. Tout l’enjeu est de réduire la part d’individualisme qui persiste encore, mais en conservant les distinctions de chacun.»

A l’heure où de nombreux spécialistes du secteur estiment que le tourisme suisse ne s’en sortira que grâce à des rapprochements, des regroupements, voire des fusions, Andreas Banholzer y contribue à sa manière, au quotidien. Et, toujours, en coulisses.

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