Dans quelques années, une pénurie d'urée, un engrais dérivé du gaz, va frapper les paysans aux quatre coins du monde. Son prix évoluera comme celui du pétrole, qui vraisemblablement ne descendra pas aux niveaux connus il y a quelques années, c'est-à-dire autour de 20 dollars le baril. L‘agriculture mondiale deviendra une sorte d'otage des pays pétroliers du Moyen-Orient et de la Russie. Ces derniers seront pratiquement les seuls à pouvoir produire ce précieux engrais.

Tels sont les scenarii mis en avant par Clive Yearsley, directeur de Profercy UK, un bureau d'information et de conseil, ce jeudi lors du colloque Global Fertilisers 2006 à Genève. La manifestation a réuni une centaine d'acteurs - négociants, banques et assurances spécialisées dans le commerce des matières premières, ainsi que des sociétés d'inspection, tous ayant pignon sur rue dans la ville du bout du lac.

«La planète, surtout les pays en développement, compte de plus en plus de bouches à nourrir alors que la surface cultivable rétrécit, a expliqué Clive Yearsley. Les engrais sont indispensables pour augmenter les rendements.»

Outre le phosphate et la potasse qui sont des extraits miniers, l'urée, un sous-produit du gaz, est l'engrais le plus répandu dans les champs. En 2004, la production mondiale s'élevait à 124 millions de tonnes, deux fois plus qu'en 1985.

Ce marché, qui pèse plus 15 milliards de dollars, n'est toutefois pas dénué de problèmes. Les pays peuplés - Chine, Inde, Pakistan, Bangladesh, Indonésie - en demandent toujours plus. Mais la production ne suit pas, notamment à cause des prix du pétrole, en hausse depuis quatre ans.

En même temps, aux prix actuels, l'urée n'est plus à la portée des paysans dans les pays en développement. Le revenu agricole par habitant n'y dépasse pas 350 dollars par année. Ce qui n'encourage pas de nouveaux projets de fabrication.

Dans le même ordre d'idées, l'Ukraine, la Roumanie, la Bulgarie et l'Autriche, grands producteurs d'urée, se retrouvent plongés dans une crise sans précédent. Depuis peu, ils n'ont plus droit au gaz russe au rabais.

Dans quelques années, selon Clive Yearsley, le Moyen-Orient et la Russie, où sont concentrées les plus grandes réserves gazières, détiendront le quasi-monopole de la production d'urée.