Les résultats des élections fédérales sont sans doute favorables à l’emploi. Avec la montée en force de la droite, la charge fiscale aura probablement tendance à freiner sa coûteuse progression. Mais la capacité de l’administration à produire davantage de règlements, circulaires et normes ne changera pas d’un iota. Les élus de droite ne cessent d’ailleurs de regretter que la vie de l’administration soit autonome. Toutes les forces entrepreneuriales et innovantes de ce pays sont ainsi pénalisées aux plans tant fédéral que cantonal.

L’impact est visible dans les domaines qui nécessitent des autorisations, c’est-à-dire pratiquement partout. Par exemple dans l’immobilier: «D’innombrables changements d’affectation de bureaux en logements seraient possibles, mais il ne se passera rien pendant une ou deux décennies en raison des lourdeurs administratives», explique la juriste Yvonne Turi dans un travail de Masters of Advanced Studies in Real Estate, cité par la Basler Zeitung. Une anecdote témoigne du climat bureaucratique: Yvonne Turi cite un propriétaire désirant couper un arbre et qui a dû faire appel au Service des espaces verts de la Ville de Bâle. Constatant l’existence d’un nid d’oiseaux sur cet arbre, le service communal a appelé un représentant de l’inventaire ornithologique. Celui-ci a passé trois jours à observer le nid…

Même si la politique suisse promet d’être moins ancrée à gauche, notre compétitivité reste pénalisée par le souci administratif de nous protéger contre notre gré et par les coûts qui en résultent pour le secteur privé.

Le départ d’Eveline Widmer-Schlumpf est de ce point de vue particulièrement réjouissant. Depuis sa création en 2009, selon une étude d’Avenir Suisse, la Finma a rédigé 57 circulaires qui représentent plus de 1000 pages de réglementations. La place financière ne s’est pas contentée d’avaler les normes produites par le G20, l’UE et l’OCDE. Le Conseil fédéral n’a jamais oublié d’y ajouter une couche de «Swiss Finish».

Même un Conseil fédéral moins à gauche ne provoquera pas de changement majeur dans un pouvoir administratif qui, par nature, ignore l’effet économique de ses décisions.

Les coûts administratifs et les charges liées au respect de la réglementation «provoquent des pertes de temps et des frais financiers, une atteinte à la liberté entrepreneuriale et un fléchissement de la compétitivité», a expliqué Marco Taddei, responsable romand à l’Union patronale suisse, lors d’une table ronde organisée par la BCGE.

Rien ne sert de s’étonner des processus d’externalisation des multinationales ou des départs de PME. Selon un rapport du Conseil fédéral sur ce sujet, les coûts de la réglementation pour les entreprises atteignent 10 milliards par an en 2013. Cela correspond à 1,7% du PIB, soit le double de la croissance économique prévue en Suisse cette année. Qui peut se payer le luxe de charges pareilles? L’USAM estime ces coûts à 10% du PIB. L’allégement bureaucratique comme programme de relance? Plutôt que de déplorer «le franc fort», mieux vaut s’attaquer aux obstacles que la Suisse érige elle-même.

Les débats sur les bilatérales ou l’immigration sont politiquement davantage porteurs. Mais le frein bureaucratique n’en est pas moins dangereux. Sous prétexte de protection contre les risques de cancer, de fraude, de réchauffement ou d’accident, l’administration multiplie les taxes et réglementations et réduit la croissance économique. «Un nouveau déluge de normes va s’abattre sur l’économie suisse avec la Stratégie énergétique 2050, la transposition de l’initiative «Contre l’immigration de masse» ou la réglementation de tout le secteur financier», promet Peter Buomberger, économiste auprès d’Avenir Suisse.

Le Conseil fédéral et l’administration ont créé un test de comptabilité PME en 1999 et une «analyse d’impact de la réglementation» (AIR) en 2000. Mais l’effet est nul parce que les analyses sont réalisées par les départements chargés d’élaborer les nouvelles lois. «Elles ne conduisent donc qu’à légitimer des idées préconçues», écrit Peter Buomberger.

Des expériences internationales mériteraient davantage d’attention. En 2013, la Grande-Bretagne a adopté l’objectif de réduction «one-in, two-out». En contrepartie de toute nouvelle directive, deux réglementations engendrant les mêmes coûts doivent être supprimées. En Suisse, les appels à la création d’un frein à la réglementation, sous la direction d’Avenir Suisse, sont restés lettres mortes. Pourtant, rien ne creuse davantage le fossé entre la politique au sens large et le citoyen que l’abondance de règles absurdes et coûteuses et de taxes qui ne servent qu’à rendre plus obèse le monstre bureaucratique.