La cheffe de l'Autorité de contrôle en matière de lutte contre le blanchiment d'argent, Dina Beti, a quitté ses fonctions le 1er mai dernier, pour prendre la tête du service juridique du Département fédéral des finances (DFF). L'instance qu'elle dirigeait se retrouve du coup sans patron attitré, et ce jusqu'à la fin de l'année. Le poste ne sera pas remis au concours et la direction est désormais assurée ad interim par deux suppléants, Stephan Stadler et Philippe Jurt, explique Jean-Michel Treyvaud, porte-parole du Département fédéral des finances (DFF).

L'annonce de la promotion de Dina Beti date d'une quinzaine de jours. Mais le communiqué du DFF ne faisait aucune mention de la vacance définitive que connaîtrait le poste de directeur de l'Autorité, institution qui couvre tous les intermédiaires financiers non bancaires (gérants indépendants, avocats, fiduciaires, etc.). Jusqu'à lundi matin, le site internet de cette dernière indiquait en outre que Dina Beti était toujours cheffe de l'institution.

Le DFF justifie la longue période transitoire par le fait que l'Autorité anti-blanchiment sera intégrée à la FINMA (ndlr: la future autorité de surveillance des marchés financiers qui fusionnera la Commission fédérale des banques (CFB) et l'Office fédéral des assurances privées) dès janvier prochain. «Il ne valait donc pas la peine de trouver un nouveau patron pour huit mois», déclare Jean-Michel Treyvaud.

Reste la question du départ précipité de la directrice. Elle a «saisi une opportunité», assure le DFF. L'explication peine pourtant à convaincre lorsque l'on sait que l'annonce de la vacance au poste de chef du service juridique du DFF remonte à décembre dernier.

Selon une source bien informée, le départ de Dina Beti résulterait en fait d'une incompatibilité d'humeur entre la cheffe de l'Autorité anti-blanchiment et Eugen Haltiner, qui préside actuellement la CFB et est surtout le futur président du conseil d'administration de la FINMA (dont le directeur ne sera en outre connu qu'à l'automne). Le DFF refuse de se prononcer sur ce sujet.

Le porte-parole tient toutefois à souligner que l'ancienne directrice de l'Autorité reste dans la maison. Elle est «à disposition en cas de dossiers sensibles».

«Pas anodin»

«Huit mois de transition, ce n'est pas anodin», réagit Olivier Jornot, avocat spécialisé dans la mise en œuvre des normes de lutte contre le blanchiment d'argent. Il se dit «soucieux» de cet interrègne alors que plusieurs règlements et lois qui touchent le domaine sont en cours de révision ou ont été récemment adaptés.