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Plusieurs juridictions légifèrent pour lutter contre le sucre, à l’image de Londres qui va interdire les publicités pour des produits riches en sucre ou en sel. En Suisse, on continue à miser sur l’approche volontariste.
© Getty Images/Leon Neal

Alimentation

Dans la lutte pour la réduction du sucre, les entreprises préfèrent ne pas s’engager

Les géants de l’alimentaire mettent en place des politiques de réduction du taux de sucre dans leurs produits. Alors qu’on légifère dans certains pays, en Suisse, on veut croire à l’approche volontariste. Aux Etats-Unis, des villes vantent les effets de la taxe soda

Plus possible d’ignorer la lutte contre le sucre. Surtout quand on est un producteur de soda ou un géant de l’alimentaire. Début décembre, le groupe veveysan Nestlé annonçait avoir trouvé une formule permettant de réduire jusqu’à 40% la teneur en sucre de ses confiseries. La méthode – dont on ne connaît pour l’heure pas les détails – sera brevetée et intégrée dès 2018 dans l’élaboration des produits du numéro un de l’agroalimentaire.

Lire aussi: Le sucre, nouvel ennemi public n°1 de la lutte anti-obésité

Fin octobre, c’était au tour de PepsiCo de promettre une forte diminution de sucre ajouté dans ses sodas: -60% dans deux tiers de ses boissons d’ici à 2025. Il n’est pas le seul à le faire savoir. Le producteur de céréales Kellogg’s ou le groupe Unilever, producteur de la gamme de thés Lipton, ont également communiqué sur leurs intentions.

18 cuillères à café par jour

Globalement, les ventes de sucre progressent de 2% en moyenne annuelle et devraient atteindre 152 millions de tonnes d’ici à 2020, rappelle Sara Petersson, analyste chez Euromonitor International. «Cela représente une consommation quotidienne par personne de 73 grammes de sucre, ou 18 cuillères à café.» Du coup, les promesses des géants de l’alimentation sont jugées insuffisantes, notamment au Mexique ou dans différentes villes étasuniennes (lire ci-contre) qui ont toutes introduit des taxes sur le sucre. La Grande-Bretagne fera de même en avril 2018. La France pourrait doubler sa taxe sur les boissons sucrées (à 4,6 centimes par canette). Et ce malgré les efforts des lobbies de l’alimentaire pour ralentir la lutte contre le sucre.

En Suisse, pas question d’imposer une taxe au sucre ou de bannir certains produits. «La Suisse a choisi l’approche volontaire», explique Liliane Bruggmann, responsable de la section Nutrition à l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV). Même si le traitement des maladies non transmissibles – maladies cardio-vasculaires et diabète en tête – coûte près de 52 milliards de francs par an, selon un rapport de l’Office fédéral de la santé publique.

La Suisse des «petits pas»

Lors de l’exposition universelle de Milan en 2015, les détaillants Coop et Migros et le groupe Nestlé ont signé, conjointement avec sept autres entreprises helvétiques, un mémorandum visant à limiter la teneur en sucre dans les yaourts et les céréales. Deux produits qui font partie d’une alimentation saine dans l’esprit des Suisses mais qui comptent «souvent des taux de sucre trop élevés», précise la spécialiste de l’OSAV.

La déclaration de Milan ne contient pourtant aucun engagement chiffré de la part des entreprises et les parties peuvent se délier de leurs engagements sans en motiver la raison, après un préavis de six mois. «C’est l’approche des petits pas», admet Liliane Bruggmann, en rappelant que cette autorégulation a permis, en quatre ans, de réduire le taux de sel dans le pain de 10%. «Quand on agit sur la composition d’un produit, il est impératif de réduire graduellement le taux des sucres ajoutés de manière à ce que le consommateur ne puisse pas sentir une différence. L’intérêt, tant des entreprises que des autorités, c’est que les produits reformulés continuent à se vendre.»

En mai, une nouvelle législation forcera les entreprises qui ne le font pas encore à stipuler le taux de sucre total sur tous leurs produits.


Une réduction de consommation des sodas de 21%

Aux Etats-Unis, sept villes ont décidé d’introduire une taxe sur les boissons sucrées. A Berkeley, la première à l’avoir fait, les résultats sont encourageants

Boulder, dans le Colorado, San Francisco, Oakland et Albany en Californie, ainsi que Cook County, dans l’Illinois. Ce sont les villes qui viennent, le mois dernier, de décider d’instaurer une taxe sur les sodas, comme avant elles Philadelphie (Pennsylvanie), en juin, et Berkeley (Californie), toute première ville américaine à avoir franchi le pas. C’était en 2014 déjà. A New York par contre, l’idée d’une telle taxe s’est cassée les dents en 2009, vaincue par le puissant lobby des boissons gazeuses. Comme dans des dizaines d’autres villes.

Ces taxes sont payées par les commerces et restaurants à la municipalité. Il s’agit en général d’environ 50 centimes prélevés par litre, taxe logiquement répercutée sur les consommateurs. Est-elle suffisamment dissuasive? Une étude du «American Journal of Public Health», menée par des professeurs de l’Université de Californie à Berkeley, a livré, en juin, des résultats plutôt encourageants: la consommation de sodas et de boissons sucrées a baissé de 21% dans les quartiers défavorisés de Berkeley (alors qu’elle a augmenté en moyenne de 4% dans d’autres villes). La consommation d’eau y a elle augmenté de 63%.

Batailles féroces pour s’imposer

A Philadelphie, première grande ville américaine à adopter une telle mesure après deux rejets, la taxe entrera en vigueur dès le 1er janvier. Pour les autres villes qui viennent de décider de franchir le pas, cela se fera plutôt entre l’été 2017 et janvier 2018. Ces taxes n’ont souvent fini par s’imposer qu’après de féroces batailles à coups de millions. La American Beverage Association, qui comprend notamment Coca-Cola, fait partie des groupes qui ont injecté des sommes importantes pour s’opposer aux mesures.

Selon les estimations des différentes villes concernées, ces taxes devraient générer 15 millions de dollars par an à San Francisco, entre 6 et 10 à Oakland, 3,8 à Boulder et 223 000 dollars à Albany. A Philadelphie, plutôt que d’évoquer les progrès pour la santé publique, le maire a surtout insisté sur le fait que les 91 millions de dollars annuels récoltés par ce biais seront essentiellement utilisés pour construire des crèches et financer des centres de loisirs et aires de jeux. Un argument «antipauvreté» qui fait, semble-t-il, davantage mouche que l’idée de combattre efficacement l’obésité ou le diabète. (Valérie de Graffenried)

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