«Au cours de ma carrière de syndicaliste, c’est la première fois que je vois deux représentants du gouvernement prendre part à une assemblée syndicale pour sauver des emplois. C’est un signe fort.» German Eyer, secrétaire de la section Unia Haut-Valais, est convaincu que le soutien des autorités et l’annonce d’une grève d’avertissement à Viège feront réfléchir la direction de Lonza à la pertinence de sa décision.

Mercredi, le nouveau patron et ingénieur chimiste allemand, Richard Ridinger, 53 ans, a annoncé l’intention de supprimer 400 postes de travail à Viège, soit 14,4% des effectifs du site le plus important et le plus polyvalent du groupe chimique bâlois, qui emploie près de 11 000 personnes dans le monde et gère 48 usines.

Alors que le Conseil d’Etat valaisan a fait part de sa «grande incompréhension» et constitué une «task force», des réunions entre les syndicats et la direction auront lieu les 7 et 9 novembre.

Menace de grève

En cas de désaccord, une proposition de grève sera soumise au vote des employés lundi 12 novembre. Personne, au sein des syndicats ou des représentants du gouvernement valaisan, ne nie le contexte difficile (franc fort et prix de l’électricité 30% supérieur au niveau allemand) qui pèse sur la rentabilité des usines de Viège, mais la brutalité de la nouvelle soulève de la colère. «On s’attendait à quelque chose, mais pas à une annonce d’une telle ampleur», explique German Eyer.

«Nous regorgeons de travail, le taux d’utilisation des installations dépasse 80% et la marge bénéficiaire du site se situe entre 7 et 10%. Que veut-on de plus?» se demande le syndicaliste. Unia ne conteste pas le principe de la suppression d’emplois, mais exige la renonciation à tout licenciement.

Richard Ridinger estime que le rendement des capitaux investis (près d’un milliard de francs durant huit ans sous l’ère de son prédécesseur Stefan Borgas), est nettement insuffisant, car il ne couvre pas les intérêts passifs. Une marge bénéficiaire globale de 20% est visée en 2015. Rolf Soiron, président du conseil d’administration de Lonza, a clairement fixé, en janvier 2012, les objectifs de forte amélioration de la rentabilité.

La suppression de 400 postes à Viège et d’une centaine d’emplois dans les services généraux s’inscrit dans ce contexte. A noter que le lendemain de l’annonce de la décision frappant Viège, Jean-Daniel Gerber, administrateur de Lonza et ancien secrétaire d’Etat à l’économie, participait à un forum de la Confédération sur la manière de créer des emplois dans les pays en développement.