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La procrastination entraîne une perte de temps et d’énergie considérables.
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Travail

Comment lutter contre la procrastination chronique

Toutes les stratégies à adopter face à la procrastination dans cet article à lire de suite. Ou demain

Oscar Wilde avait coutume de dire qu’il ne fallait jamais remettre au lendemain ce que l’on pouvait faire le surlendemain. A l’instar de l’écrivain à la léthargie légendaire, de nombreux individus souffrent de procrastination, c’est-à-dire d’une tendance à reporter quelque chose qu’il est nécessaire d’accomplir. Quelle est l’origine de ce mal?

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Si la procrastination chronique n’est pas répertoriée au rang des pathologies, elle est à l’évidence la manifestation d’une angoisse ou d’une inquiétude profondes. Derrière un procrastinateur se cache en effet souvent un perfectionniste qui, de peur d’échouer, se fixe des objectifs irréalistes ou inatteignables, mais aussi un individu qui souffre d’une mauvaise estime de lui-même. Bruno Koeltz, auteur de Comment ne pas tout remettre au lendemain, explique à cet égard que le fait de repousser constamment au lendemain crée un handicap qui fournit une excuse dans l’hypothèse où les performances à venir ne seraient pas à la hauteur des performances attendues ou voulues.

Ainsi, une étude publiée dans le British Journal of Educational Psychology a démontré que plus une personne est anxieuse à l'approche d'un examen, plus elle est à même de reporter ses révisions, et donc de rentrer dans un cercle vicieux: remettre les sujets les plus difficiles à plus tard et ne plus avoir assez de temps pour les réviser correctement, ce qui lui fournit en définitive une excuse en cas d’échec.

Une fatigue et un stress élevés

Quelles conséquences la procrastination chronique entraîne-t-elle sur nos carrières? Outre la perte de temps et d’énergie considérables – rien n’est plus fatigant qu’un travail dont on repousse continuellement la réalisation, comme le dit si justement le psychologue nord-américain William James – cette habitude de vie est aussi responsable d’un stress élevé. Une autre étude portant sur des étudiants a ainsi montré que les plus angoissés à la fin du semestre étaient ceux qui avaient le plus procrastiné à la base.

Nous corrélons encore trop souvent notre propre valeur à ce que nous faisons.

Diane Ballonad Rolland

Comment lutter contre un comportement qui pousse à tout remettre au lendemain et à échouer à coup sûr? Diane Ballonad Rolland, auteure de J’arrête de procrastiner!, invite à porter un autre regard sur soi. «Nous corrélons encore trop souvent notre propre valeur à ce que nous faisons. Plus nous réussissons, plus notre valeur est élevée. Au contraire, en cas d’erreur ou d’échec répétés, nous ne valons plus rien. Il vous appartient dès à présent de faire la différence entre ce que vous êtes et ce que vous faites. Réfléchissez à ceci et répétez-le à voix haute aussi longtemps qu’il faudra pour vous en convaincre: «Je ne suis pas ce que je fais!»

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Se fixer des buts atteignables et avaler le crapaud

Se fixer des buts atteignables pour ne pas être découragé par une tâche trop importante ainsi que morceler les tâches à réaliser peut également s’avérer utile pour combattre la procrastination. Il est cependant bon de garder à l’esprit que ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles, comme le dit Sénèque.

Brian Tracy, auteur du livre Avalez le crapaud!: 21 bons moyens d’arrêter de tout remettre au lendemain, recommande quant à lui «d’avaler le crapaud», c’est-à-dire de toujours commencer par les tâches les plus pénibles afin de se dégager l’esprit.

Attention cependant à ne pas tomber dans le travers inverse: la précrastination. Elle désigne le fait d’agir sans attendre pour se libérer l’esprit, au risque de faire n’importe quoi, alors que l’action ou la décision auraient pu être avantageusement repoussées à plus tard. Autrement dit, la procrastination, tant décriée, peut s’avérer positive pour augmenter la qualité de la prise de décision. Dans les domaines de l’orientation scolaire et professionnelle en particulier, elle présente l’avantage d’éviter un choix prématuré.

Procrastiner ouvre le champ à l’incertitude créative

Dans son livre Osez sortir du rang! Comment les esprits originaux changent le monde, Adam Grant rappelle enfin que la procrastination, lorsqu’elle est modérée, favorise la créativité. Il cite une expérience conduite sur des étudiants qui avaient pour mission de trouver des idées pour remplacer une supérette qui avait fermé. «Ceux qui répondaient immédiatement avaient tendance à proposer des idées conventionnelles, comme une autre supérette, alors que ceux qui étaient invités par l’expérimentateur à remettre à plus tard leur réflexion et à commencer par jouer à un jeu vidéo proposaient des idées plus originales.» Au terme de l’expérience et contre toute attente, les propositions des procrastinateurs furent jugées 28% plus créatives et moins communes que celles des «non-procrastinateurs». Comment expliquer ce résultat?

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Selon Adam Grant, effleurer une question puis la remettre délibérément à plus tard permet de passer plus de temps à envisager d’autres stratégies. A l’inverse, réfléchir immédiatement au problème conduit à se fixer sur la première idée qui se présente. «La procrastination vous donne le temps de considérer des idées divergentes, de penser de façon non linéaire, de faire des bonds imprévisibles. Du coup, le spectre des idées envisagées est plus large et on finit par choisir un chemin plus original.»

«La Joconde», fruit de la procrastination

De façon intéressante, la procrastination est un trait courant des esprits créatifs et des grands inventeurs. Léonard de Vinci commença par exemple à peindre la Joconde vers 1503 puis abandonna le tableau pour ne le finir que peu de temps avant sa mort, en 1519. «Ses détracteurs pensaient qu’il perdait son temps à faire des expériences optiques et autres distractions qui l’empêchaient de finir ses tableaux», poursuit Adam Grant. C’est oublier que ces distractions étaient à la base de son originalité, comme l’explique l’historien William Pannapacker: «Les études de Vinci sur la façon dont la lumière frappe une sphère, par exemple, permirent un retravail constant de la Joconde et de son Saint Jean Baptiste. Ses travaux en optique peuvent avoir causé un retard sur un projet, mais ses peintures tardives bénéficièrent de ces expériences.»

La procrastination est un vice pour la productivité et une vertu pour la créativité

Autre exemple plus proche de nous, celui des lauréats du Science Talent Search, connu comme le «Super Bowl des sciences» pour les élèves de terminale aux Etats-Unis. Interrogés une décennie après leur triomphe sur leurs habitudes, plus de 68% avouèrent une tendance à la procrastination. Celle-ci se révélait selon eux particulièrement bénéfique pour les travaux créatifs. Ces vedettes de la science l’utilisaient également «comme une forme d’incubation pour se prémunir contre une décision scientifique prématurée.»

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En définitive, la procrastination est un vice pour la productivité et une vertu pour la créativité. Ou comme l’écrit si justement William Pannapacker, «on ne produit pas une œuvre de génie en obéissant à un emploi du temps ou à un schéma».

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