La diplomatie financière luxembourgeoise ne chôme pas. Comme l’avait annoncé Le Temps samedi, le ministre luxembourgeois du trésor Luc Frieden se rendra ce mercredi 3 juin à Paris pour signer, avec son homologue Christine Lagarde, un nouvel avenant à la convention bilatérale de double imposition qui lie les deux pays, afin d’y inclure l’échange d’informations fiscales sur demande conforme aux standards de l’OCDE. Cette signature est l’une des raisons pour laquelle le Luxembourg ne tenait pas à communiquer sur l’accord renégocié avec la Suisse, finalisé il y a une dizaine de jours à Berne. Pour des raisons politiques évidentes, le Grand-Duché, où des élections législatives ont lieu dimanche 7 juin en même temps que les européennes, voulait d’abord normaliser ses relations fiscales avec Paris.

Le Luxembourg a aussi, entretemps, bouclé sa renégociation fiscale avec les Pays-Bas. Un accord a été signé vendredi 29 mai à La Haye par le même Luc Frieden et le secrétaire d’Etat aux finances néerlandais Jan Kees de Jager. Point important, ce texte s’appliquera «aux années 2010 et suivantes», sans clause de rétroactivité. Les autorités luxembourgeoises stipulent également qu’il n’aura pas pour objet «l’échange automatique d’informations» et n’autorisera pas de demandes générales (les fameuses «fishing expeditions»). L’accord avec la France, hautement symbolique compte tenu du rôle clef joué au G20 de Londres par Nicolas Sarkozy pour l’obtention des listes controversées de l’OCDE, devrait donc s’aligner sur ce modèle qui est également celui souhaité par la Confédération.

L’empressement du Luxembourg s’explique par l’imminence du Conseil des ministres des Finances des vingt-sept (ECOFIN) le 9 juin au Grand-Duché. Ces derniers doivent examiner une proposition informelle de la Commission, transmise la semaine dernière, en faveur d’un accord global avec les pays tiers (dont la Suisse) qui pourrait prendre la forme d’un accord fraude modelé sur celui en cours de finalisation avec le Liechtenstein. Une proposition que rejette le Luxembourg, pour qui la voie bilatérale reste la seule valable en matière fiscale. Les Pays-Bas, comme le Royaume-Uni ont aussi exprimé des réserves sur cette extension de fait des compétences de la Commission. Laquelle espère pouvoir boucler l’accord avec le Liechtenstein lors d’une ultime séance de négociation le 5 juin. Même si elle devait y parvenir, l’hypothèse d’un accord unanime (indispensable) des Vingt-Sept lors de l’Ecofin parait toutefois peu probable.