Transport

Lyft commence à vampiriser Uber

Lyft a levé 1,5 milliard de dollars issus de deux actionnaires actuels d’Uber. Dans l’ombre de son concurrent, la société se développe pour la première fois hors des Etats-Unis

Pas de scandale de harcèlement, d’affaire d’espionnage ou de démissions en cascade de ses dirigeants. Dans l’ombre d’Uber, sans faire de bruit, Lyft poursuit sa croissance. Dans la nuit de mardi à mercredi, la société américaine de mise en relation entre chauffeurs privés et passagers a annoncé avoir levé 1,5 milliard de dollars. Parmi ses investisseurs se trouvent plusieurs actionnaires… d’Uber. Lyft attaque aussi son concurrent sur le terrain des marchés, avec une première percée hors du territoire américain.

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Initialement, Lyft, basée à San Francisco, comme Uber, devait lever 1 milliard de dollars fin 2017. Mais la société, fondée en juin 2012, est parvenue à récolter 500 millions supplémentaires. C’est CapitalG, la société d’investissement d’Alphabet, la maison mère de Google, qui a dirigé la levée de fonds primaire. A celle-ci se sont associés Fidelity Management & Research Company, AllianceBernstein, Baillie Gifford, KKR, Janus Henderson Investors et Rakuten.

Softbank menace

Les noms des investisseurs sont importants. En effet, Fidelity et CapitalG sont déjà actionnaires d’Uber. Normalement, un investisseur ne mise pas sur deux sociétés concurrentes. Mais les déboires de la multinationale, frappée ces derniers mois par une série de scandales, ont poussé ces sociétés financières à s’intéresser à Lyft. Alphabet mise d’autant plus sur cette dernière qu’un procès doit avoir lieu ces prochains mois entre sa filiale Waymo, active dans les véhicules autonomes, et Uber: ce dernier est accusé de lui avoir volé des documents confidentiels et Alphabet lui réclame 1,8 milliard de dollars.

Lors de cette dernière levée de fonds, la valorisation de Lyft a été calculée à 11,5 milliards de dollars. C’est moins que les 69 milliards de son concurrent, mais les deux sociétés ne suivent pas la même trajectoire. Lyft vaut de plus en plus – sa valorisation était de 7,5 milliards en septembre dernier. Par contre, les investisseurs estiment qu’Uber a perdu de sa valeur. Des décotes de 15% auraient déjà eu lieu. Et Softbank, qui vise depuis des semaines à investir jusqu’à 9 milliards dans son capital, réclamerait toujours, selon des médias américains, une décote de quelque 30%. En cas de désaccord, Softbank a déjà averti qu’il pourrait financer… son concurrent.

Progression aux Etats-Unis

Au niveau opérationnel, Lyft est en progression. La société a annoncé mi-janvier qu’il allait se lancer pour la première fois hors des Etats-Unis, à Toronto, au Canada. Une expansion sur d’autres continents pourrait suivre, mais la société n’a pour l’heure pas communiqué à ce sujet – Lyft a déjà un accord avec la société chinoise Didi. Aux Etats-Unis, l’entreprise contrôle désormais un quart du marché, contre 16% au début de l’année, selon la société Second Measure, qui analyse les transactions par carte de crédit. Quasiment l’entier du solde appartient à Uber.

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Il y a un an, Lyft était actif dans 50 villes américaines. Désormais, le chiffre est de 150 cités. En juillet, la société annonçait avoir passé le cap du million de courses par jour. Uber est encore sensiblement plus grand, puisqu’il annonçait cet été avoir accompli cinq milliards de courses depuis sa création, un peu moins d’un an après avoir franchi le cap des deux milliards de transports. On peut ainsi estimer le nombre de courses quotidiennes chez Uber à plus de huit millions. Cette société est active dans plus de 80 pays et 700 villes sur la planète.

Uber et Lyft déficitaires

Les deux sociétés, dépensant des millions en marketing, sont déficitaires. Selon des documents transmis aux investisseurs, Lyft a réalisé un chiffre d’affaires de 483 millions de dollars au premier semestre, pour une perte de 206 millions. Durant la même période, Uber a perdu 2 milliards de dollars pour un chiffre d’affaires de 3 milliards.


A Genève, des chauffeurs travaillant pour des sous-traitants d’Uber font grève

Des chauffeurs travaillant pour deux sociétés vaudoises partenaires du géant américain Uber ont fait grève mercredi. Soutenus par le syndicat Unia, ils estiment avoir été exploités et ils réclament aujourd’hui leur dû. Un piquet de grève a été installé devant le siège genevois d’Uber. Umberto Bandiera, secrétaire syndical chez Unia, a parlé de faits graves devant la presse et dénoncé le système mis en place par les sociétés Pégase Léman et StarLimoLuxe, qui prêtent à Uber les chauffeurs qu’elles emploient, mais en ne respectant pas la loi.

«Nous sommes ici dans un cas de location de services», a expliqué Umberto Bandiera. Pour obtenir une autorisation, ce type de société doit assurer à ses collaborateurs un salaire. Or, selon le syndicaliste, dans les contrats de travail des chauffeurs, le salaire disparaît au profit d’une participation au chiffre d’affaires. Au final, les chauffeurs se retrouvent grands perdants. En effet, un quart du prix de la course revient à Uber, et le reste est partagé entre la société qui loue ses services et les employés. Ce modèle conduit à des salaires indécents (le chiffre de 14 francs de l’heure a été articulé) pour 47 à 48 heures de travail par semaine, a souligné Umberto Bandiera.

Pas de carte AVS

Les charges sociales figurent sur les fiches de salaire, mais Umberto Bandiera doute qu’elles soient versées. Parmi les grévistes, plusieurs ont affirmé n’avoir pas de carte AVS. Ces chauffeurs vivent, pour la plupart, dans la précarité, a dénoncé Roman Künzler, le responsable national d’Unia pour le secteur des transports. Pour Umberto Bandiera, Uber porte une part de responsabilité dans cette situation. L’entreprise fixe les prix et donne les courses, a-t-il relevé. Sur son site internet, elle donne aux personnes qui voudraient travailler pour elle des conseils pour s’inscrire auprès des deux sociétés vaudoises qui lui prêtent des chauffeurs.

Assumer sa responsabilité

«Il est choquant qu’un grand groupe comme Uber prenne sa commission sans prendre ensuite ses responsabilités», a poursuivi Umberto Bandiera. Unia a obtenu un rendez-vous mercredi après-midi au Département genevois de la sécurité et de l’économie (DSE), pour discuter de ce modèle d’affaires, qui viole la loi, selon le syndicat. La tenue de la réunion a été confirmée par Patrick Baud-Lavigne, le directeur de cabinet du DSE. Uber doit participer à la rencontre, ainsi que les deux sociétés vaudoises incriminées par Unia. (ATS)

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